Soin ou santé ?

Soin ou santé ?

Par Joël SPIROUX de VENDÔMOIS • Président du CRIIGEN • Médecin environnemental •  Sa Biographie…

Soin ou Santé ? Voici donc la question fondamentale à laquelle la pandémie due au Covid19 ainsi que l’augmentation des maladies chroniques nous invitent à réfléchir et à répondre !

Jusqu’à la fin du 19ème siècle nous subissions les maladies, en particulier celles d’origine bactérienne du quotidien et aussi des grandes épidémies (peste, choléra, malaria…). La découverte, à l’orée du 20ème siècle des bactéries, la mise en place de l’hygiène bactérienne grâce à Pasteur, puis la découverte du premier antibiotique, la pénicilline, par Alexander Fleming ont permis de croire en un avenir glorieux concernant la lutte contre les maladies infectieuses. Cela d’autant plus qu’en parallèle, il y eut un développement très important de la chimie, des techniques médicales et chirurgicales…

Pendant la première moitié du 20ème siècle, nous sommes passés d’une médecine clinicienne, observatrice, ayant à sa disposition essentiellement les plantes médicinales, très peu d’examens complémentaires et peu de traitements chirurgicaux efficaces à son service, aux techniques de soin et aux thérapeutiques médicamenteuses quasi exclusivement d’origine chimique. Cela a été confirmé sous le régime de Pétain, par la création du « Conseil National de l’Ordre des Médecins » ainsi que la suppression de la profession d’herboriste. Le dogme de la médecine de soin soutenu par l’industrie pharmaceutique était né.

 

 

A partir de l’après-guerre nous avons tous été formatés pour le soin et d’ailleurs, nous le faisons magnifiquement bien lorsque nous avons le matériel à notre disposition… La pandémie du Covid-19 nous montre bien qu’une simple pénurie de masques, canules, d’anesthésiant, de curare peut ralentir nos activités de soin du fait du manque de stocks pour faire face à une épidémie… Le développement des techniques de diagnostic, chirurgicales et thérapeutiques a été au cours de la deuxième partie du 20ème siècle extraordinaire, mais a engendré des failles importantes et fondamentales dans lesquelles nous sommes toujours enlisés. Il ne faut pas oublier que le « vivant » est d’une complexité extraordinaire, c’est-à-dire qui se compose d’éléments différents, combinés, en interdépendance comme tissés d’une façon qui n’est pas directement saisissable. Ainsi, ni la vie, ni les pathologies ne peuvent être pensées de façon binaire ou linéaire. C’est malheureusement la limite de la pensée médicale actuelle basée en grande partie sur la vision pasteurienne de la maladie… et sur le soin.

La seule façon d’appréhender la santé est d’avoir une vision systémique. Un système étant un ensemble d’éléments considérés dans leurs relations à l’intérieur d’un « tout » fonctionnant de manière unitaire. C’est le cas de notre corps qui possède de nombreuses fonctions (cardiaque, nerveuse, digestive, reproductrice, …) en équilibre dynamique permettant le maintien de la vie en bonne santé. Cet équilibre s’appelle l’homéostasie qui est la capacité globale d’un système à maintenir tout un ensemble de facteurs clés comme par exemple température, croissance, rythme cardiaque, …, chez nous les mammifères.

Le côté parcellaire de l’enseignement actuel de la biologie et de la médecine, insiste trop sur l’aspect analytique et pas assez sur les « relations systémiques » au sein des organismes vivants et entre eux-mêmes et leur environnement.

 

 

La notion d’écosystème (biotope + biocœnose) qui est un ensemble dynamique d’organismes vivants (plantes, animaux et micro-organismes) qui interagissent entre eux et avec le milieu (sol, climat, eau, lumière) dans lequel ils vivent, entre bien dans la vision systémique de la santé. La systémique est une approche du vivant qui bouscule les vieilles sciences trop cloisonnées et propose une analyse globale des systèmes et qui est tout à fait adaptée à la notion de santé.

Ainsi, nous avons développé en un siècle une vision réductionniste du vivant oubliant que la santé est au carrefour des agents physiques, chimiques, géologiques, biologiques, socio-comportementaux présents dans les milieux de vie. Les pathologies ont toujours une origine multifactorielle, ce qui explique pourquoi face à un agent pathogène, qu’il soit viral, bactérien ou chimique, nous réagissons tous différemment.

Ce manque d’ouverture d’esprit et de pertinence annonce des catastrophes à venir, aussi bien en ce qui concerne les pathologies virales, bactériennes et parasitaires que celles provoquées par les agents chimiques toxiques qui polluent de façon dramatique les écosystèmes dont nous dépendons pour notre survie. Savez-vous par exemple que la pollution de l’air par les particules fines provoque plus de 50.000 morts par an en France !

 

 

A titre d’exemple, je vous propose une rapide analyse écosystémique de la pandémie Covid-19.

L’agent causal :
le SARS-CoV2 provoquant la maladie Covid-19, est non pathogène chez des animaux sauvages comme le pangolin ou éventuellement la chauve-souris. La proximité avec les humains, voire leur utilisation alimentaire est vraisemblablement la cause de l’épidémie. Il est connu depuis longtemps que la proximité avec la faune sauvage peut faire émerger des pathologies humaines… Mais nous continuons à essarter et déforester afin de cultiver des palmiers à huile, pour fabriquer du « biocarburant » qui n’a par ailleurs rien de BIO !

Impact sur la santé de la population :
Il a été constaté que les personnes atteintes de maladies chroniques ou âgées sont beaucoup plus fragiles que les jeunes. Cela quoiqu’il en soit, est tout à fait normal, naturel et nous savons depuis très longtemps que les malades et les séniors présentent une diminution de réactivité de leur système immunitaire. Bien que la concentration globale d’anticorps (Ac) ne diminue pas de manière significative, l’affinité de liaison Anticorps-Antigène (Ac/Ag) est diminuée, ce qui peut contribuer à l’augmentation de l’incidence des pneumonies, grippes, endocardites infectieuses et à un plus grand risque de mort due à ces troubles chez les personnes âgées. Ces modifications peuvent également expliquer en partie pourquoi les vaccins sont moins efficaces chez les personnes âgées.

Si nous en restons là, cela paraît normal, banal et incontournable ! Mais c’est faire l’impasse sur l’impact de certains produits chimiques toxiques qui affaiblissent ou perturbent notre système immunitaire. A titre d’exemple, je vais vous citer différentes molécules comme des Perturbateurs Endocriniens (PE) qui sont présents dans le sang de chacun d’entre nous : le mercure qui favorise le déclenchement de maladies auto-immunes (Pollard et al. 2019 (1) ; Crowe et al. 2017(2)) ; Bisphénols et phtalates qui perturbent le fonctionnement du système immunitaire, des cellules comme les lymphocytes et qui favorisent l’inflammation (Nowak et al. 2019(3) ; Ma et al. 2019(4)) ; les PCB et dioxines qui perturbent l’expression des cellules mononucléaires et des lymphocytes T impliqués dans les réponses immunitaires (Leijs et al. 2019(5) ; Pang et al. 2019(6) ; Bansal et al. 2018(7)); sans oublier les pesticides qui sont notre cible privilégiée comme par exemple un herbicide l’atrazine interdit, mais toujours présent dans l’environnement, un insecticide le chlorpyrifos, un fongicide le prochloraze, qui ont tous des actions délétères sur le système immunitaire (Lee GH, Choi. 2020(8) ; Yang et al. 2020(9) ; Glavinic et al. 2019(10)) …

Donc vous êtes vieux ou malade ou d’un milieu défavorisé ? C’est normal que vous soyez plus fragile au Covid ! Qui parmi nos gouvernants et nos médecins médiatisés a eu le courage d’évoquer cela ? Dormez tranquilles braves gens, nous veillons sur vous et protégeons votre santé !

Gestion de la crise :
Elle doit être mise en cause. Le gouvernement ne peut pas se retrancher devant ses responsabilités en disant qu’il a été surpris et qu’il ne savait pas ! Depuis la grippe espagnole, plusieurs épidémies virales sont survenues : grippe asiatique en 1958, de Hong Kong 1968, SRAS 2002, H1N1 2009… N’avions-nous pas le temps d’anticiper par la mise en place d’un vrai plan de prévention ? Notre ministre du soin, Madame Buzyn a même osé, début mars alors que la pandémie se répandait sur la planète, nous dire : « nous avons un des meilleurs systèmes de santé au monde et nous sommes prêts ! ». Oui, nous avons été prêts à subir la catastrophe du fait des manquements de son ministère et de ceux qui l’ont précédé…

De plus, le Président est parti en guerre alors même que rien n’avait été planifié pour la gagner !

 

 

Un vieux proverbe chinois dit « Un bon général est celui qui part en guerre en sachant qu’il va la gagner ». Cela implique anticipation, étude du contexte et analyse des forces en présence bien avant le déclenchement des hostilités…

Quant aux médias, rabâchant sur les ondes le nombre de morts d’heure en heure, ils ont généré de la peur et du stress dans la population, ce qui a aggravé l’état de santé des plus faibles. En effet, nous savons que le stress perturbe lui aussi grandement notre système immunitaire comme en témoignent de nombreuses publications scientifiques, (Ray et al.2017(11) ; Michael T Bailey 2016(12) ; Firdaus S Dhabhar 2014(13)).

La guerre étant perdue d’avance, il a fallu trouver des responsables !

Ce sont tout naturellement la population et les malades car ils ne se sont pas bien protégés, mais cela n’est qu’une demi-vérité. Il est à remarquer, que depuis quelques années, l’association « Ministère du soin/médias » joue la carte de la culpabilisation. En effet, si vous présentez :
• un surpoids, une obésité ou un diabète, c’est que vous mangez trop gras, trop sucré, trop salé, en oubliant que dans la « malbouffe » il existe des PE obésogènes et diabétogènes ;
• des difficultés pour avoir des enfants, c’est que les femmes se décident à un âge trop avancé, en oubliant que les PE agissent et perturbent principalement le système reproductif ;
• un cancer du poumon, c’est que vous avez trop fumé en oubliant que nous voyons de plus en plus de cancers du poumon chez les non-fumeurs dont la cause est la pollution de l’air ;
• une maladie neuro-dégénérative, c’est que vous êtes âgé, alors que de très nombreux PE génèrent ce genre de pathologies…

J’allais oublier un poncif qui a la vie dure : le cancer est une maladie du vieux ! C’est là aussi, ne pas tenir compte de la réalité et de l’augmentation vertigineuse des cancers de l’enfant et des adultes jeunes !

 

 

En conclusion :
Il faut bien intégrer la différence entre soin et santé. Le soin est utile uniquement pour recouvrer la santé. La définition de la santé de l’OMS (1948) le précise bien : « La santé est un état de bien-être physique, psychique, social et pas uniquement une absence de maladie » ; l’OMS complète cette différence en donnant la définition de la santé environnementale en 1990 : « La santé environnementale comprend les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d’affecter la santé des générations actuelles et futures. ». Par ailleurs, la Charte de l’Environnement, Promulguée le 28 février 2005 sous forme de loi constitutionnelle énonce dans son 1er article :

« Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et favorable à sa santé. »

Vous l’avez compris, ces belles définitions n’ont pas été performatives.

Nous n’avons toujours pas de ministère ni de ministre de la santé ! Il n’existe qu’un ministère du soin !

Ce qui est la cause des errements lors des différentes épidémies virales, bactériennes parasitaires ainsi que la dramatique augmentation des pathologies dites chroniques qui sont en fait des pathologies environnementales !

Ce ministère ne gère, à 80%, que les soins et de façon purement économique, tel en témoigne les failles dans l’organisation des soins mises en exergue par la pandémie Covid. Les stocks, qu’ils soient de matériel médical, de protection ou de médicaments et les lits inoccupés sont proscrits dans les hôpitaux, à cela se surajoute la T2A (Tarification à l’Activité) impliquant une course effrénée au rendement économique dans les services. Tout doit s’échanger et fonctionner en flux tendu, les stocks correspondant à de l’immobilisation financière inutile. Cela est sans doute utile lors de la production de chaussettes ou de voiture, mais certainement pas quand il s’agit de l’Humain ! À ce titre vous savez sans doute que les dépenses de soin font partie du PIB ! Est-ce un bon marqueur de la santé publique ? Nous payons le prix fort maintenant de ce dogme économique.

Mais plus pitoyable encore : le Covid-19 mobilise nos gouvernants qui mettent sur la table des milliards d’euros pour essayer de récupérer leurs erreurs. Malheureusement la santé ne s’achète pas, cela se construit sur le respect de l’Humain et des écosystèmes dont nous dépendons. N’auraient-ils pas pu anticiper, prévoir des stocks de moyens de protection, de lits, l’aménagement de salles de réanimation, et surtout soutenir le passage des moyens de transports polluants et de l’agriculture industrielle polluante vers des moyens et productions propres, aptes à maintenir la population dans un environnement sain.

A la suite de cette pandémie, certains de nos dirigeants auront des comptes à rendre. N’oublions pas qu’en droit civil, l’imprudence ou le défaut de prévention constitue une faute susceptible d’engager la responsabilité de l’auteur. L’article 1240 du code civil précise que : « Tout fait quelconque qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». L’article 1241 quant à lui précise que « Chacun est responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence ».

Quant au futur, il est évident qu’un pacte écologique intégrant la santé humaine et celle de l’écosystème planétaire devra précéder et accompagner la reprise économique. Mais l’avenir est plus qu’incertain, car il semble bien que nos dirigeants ne soient pas encore persuadés de la nécessité d’une économie verte et protectrice de la population ainsi que de tous les écosystèmes dont nous dépendons !

 

  1. Pollard et al. (2019). Mercury-induced inflammation and autoimmunity. Review Biochim Biophys doi: 10.1016/j.bbagen.2019.02.001.
  2. Crowe et al. (2017). Mercury as an environmental stimulus in the development of autoimmunity – A systematic review. Review Autoimmun Rev . 2017 Jan;16(1):72-80. doi: 10.1016/j.autrev.2016.09.020.
  3. Nowak et al. (2019). Immunomodulatory effects of synthetic endocrine disrupting chemicals on the development and functions of human immune cells. Review Environ Int . 2019 Apr;125:350-364. doi: 10.1016/j.envint.2019.01.078.
  4. Ma et al. (2019). The adverse health effects of bisphenol A and related toxicity mechanisms. Review Environ Res. 20176:108575.doi: 10.1016/j.envres.2019.108575.
  5. Leijs et al. (2019). Altered Gene Expression in Dioxin-Like and Non-Dioxin-Like PCB Exposed Peripheral Blood Mononuclear Cells. Int J Environ Res Public Health . 2019 doi: 10.3390/ijerph16122090
  6. Pang et al. (2019). 2,3,7,8-Tetrachloodibenzo-p-dioxin affects the differentiation of CD4 helper T cell. Toxicol Lett . 2019 Sep 1;311:49-57. doi:10.1016/j.toxlet.2019.04.015.
  7. Bansal et al. (2018). Immune System: An Emerging Player in Mediating Effects of Endocrine Disruptors on Metabolic Health. Review Endocrinology . 2018 Jan 1;159(1):32-45. doi: 10.1210/en.2017-00882.
  8. Lee GH, Choi. (2020). Adverse effects of pesticides on the functions of immune system. Comp Biochem Physiol C Toxicol Pharmacol. 2020 May 3:108789. doi: 10.1016/j.cbpc.2020.108789.
  9. Yang et al. (2020). Chlorpyrifos induces redox imbalance-dependent inflammation in common carp lymphocyte through dysfunction of T-cell receptor γ. J Fish Dis. 2020 Apr;43(4):423-430. doi: 10.1111/jfd.13138.
  10. Glavinic et al. (2019). Response of Adult Honey Bees Treated in Larval Stage With Prochloraz to Infection With Nosema ceranae. PeerJ . 2019 Feb 8;7:e6325. doi: 10.7717/peerj.6325.
  11. Ray et al. (2017). Stress, Anxiety, and Immunomodulation: A Pharmacological Analysis. Review Vitam Horm . 2017;103:1-25. doi: 10.1016/bs.vh.2016.09.007.
  12. Michael T Bailey (2016). Psychological Stress, Immunity, and the Effects on Indigenous Microflora. Review Adv Exp Med Biol . 2016;874:225-46. doi: 10.1007/978-3-319-20215-0_11.
  13. Firdaus S Dhabhar (2014). Effects of stress on immune function: the good, the bad, and the beautiful. Review Immunol Res . 2014 May;58(2-3):193-210. doi: 10.1007/s12026-014-8517-0.