Réponse à la mise en cause du CRII GEN par Le Déaut : Mai 2005

Pour éviter d’avoir à répondre aux questions posées par le CRII GEN sur les risques sanitaires liés aux OGM et sur la toxicité du Round up présent dans de très nombreux OGM, M. Le Déaut préfère essayer de mettre en cause l’indépendance du CRII GEN au motif qu’il aurait reçu un financement de Carrefour. Outre le caractère lamentable et éculé de ce procédé, qui répète le comportement de ceux qui ont cherché à dissimuler la dangerosité de l’amiante et d’autres produits dangereux, il va de soi que le CRII GEN, composé d’experts totalement indépendant du lobby OGM, est un organe expertal reconnu. C’est la raison pour laquelle il a réalisé des études pour Carrefour comme Auchan ou encore, les gouvernements italien et québécois, le comité biosécurité de la Chine, l’Université de Montréal, des université tunisienne et égyptienne, la direction générale de l’agriculture de la commission européenne et plusieurs syndicats professionnels de l’alimentation et de l’agriculture. La présentation tronquée et malintentionnée de M. Le Déaut démontre s’il en était besoin que le travail accompli par le CRII GEN pour rendre transparentes les études sur les OGM le dérange et que son rapport, dont le CRII GEN avait dénoncé la méthode avant d’en connaître le contenu est uniquement à décharge des OGM. On souhaiterait que la transparence que le CRII GEN a pratiqué en ce qui concerne les destinataires de ses études soit appliquée par tous ceux qui ont eu à s’exprimer devant la mission parlementaire.


Rapport
du Pr. Séralini suite à son audition à l’Assemblée Nationale le 23 mars
2005 , invité par le Président de la Mission OGM, Jean-Yves Le Déaut.


1)
Les méthodes de dosages des OGM sont précisées et rendues disponibles
par les entreprises à des laboratoires indépendants, au moment de leur
commercialisation seulement (partie C, dossiers de demande). Les
expérimentations en plein champ n’ont donc pas de suivi spécifique et
précis, donc de traçabilité, d’autant que de nombreux OGM différents
(évènements de transformation) peuvent être triés dans un même champ.
Cela est d’autant plus grave pour les plantes sensées contenir un ou
des insecticides, ou bien par exemple des matières actives de
médicaments. Ces plantes OGM expérimentales ont pu provoquer des
contaminations de l’agriculture ou du milieu et ceci sans suivi
possible, depuis au moins deux décennies en France, et ce point doit
être résolu à l’avenir.

2)
Il y a bien eu des essais implantés de vigne transgénique par l’INRA en
France, contrairement à ce que vous m’avez affirmé, par exemple en 2001
(site ogm.gouv.fr).

3)
Il est clairement ressorti de notre discussion que les tests de
sécurité sanitaire pour les OGM qui produisent ou contiennent des
nouveaux métabolites de pesticides (l’essentiel des OGM évalués selon
la directive CEE 2001/18) sont bien inférieurs aux tests réglementaires
des pesticides chimiques eux-mêmes (directive 91/414), sans aucune
justification scientifique ni logique. Ces OGM ou ces pesticides
entrent dans l’alimentation des rats par exemple, pour certains tests.
Cela est grave et je le répète et le publie depuis des années. Ce
laxisme de l’évaluation toxicologique ne peut à mon sens être excusé.

4)
Les premiers tests nourrissant des rats de laboratoire pendant 90 jours
avec des OGM commercialisés (tests non encore obligatoires, mais
obtenus pour plusieurs OGM après insistance auprès de la Société
Monsanto) ont montré des effets statistiquement significatifs par
rapport au groupe témoin (constitué d’un même nombre de rats, mais
consommant une alimentation à base de maïs génétiquement très proche,
cependant non OGM). Ces effets sont notables, pour plusieurs OGM
différents, sur le métabolisme sanguin et les organes de détoxification
(foie, reins). Cela ne m’apparaît pas étonnant puisque ces OGM
contiennent des pesticides mal étudiés sur la santé. Au lieu d’être
recommencés et prolongés pour comprendre ce qui se passe, ces tests et
leurs résultats ont été occultés (manque de transparence) et banalisés
par la Société concernée et certains experts. Cela est grave et je
demande à votre Mission d’examiner et de publier ces tests afin que la
communauté scientifique puisse être consultée.

5)
Des commentaires signés M. Fellous et coll. m’ont été transmis en
séance le 23 mars dernier, sur mon travail sur la toxicité du Roundup,
qui vient d’être publié dans une revue internationale à comité de
lecture de bon niveau, Environmental Health Perspectives. M. Fellous
est Président de la CGB dont je critique les méthodes dans ce dossier –
le choix des rapporteurs sur ce point ne pouvait donc être plus
partial. De plus, le premier auteur de ce rapport n’est ni un
endocrinologue ni un toxicologue, et ses critiques ne peuvent en aucun
cas valoir ni celles du comité éditorial international de la Revue, ni
les rapporteurs de celle-ci qui ont accepté la publication. Je ne
comprends donc que peu cette manoeuvre d’un genre nouveau que vous
stimulez. La science ne peut être réductible à ces pratiques.

6)
Par ailleurs, ces commentaires auxquels je n’ai pu réagir en séance
sont truffés d’erreurs ou d’incompréhensions, comme on pouvait s’y
attendre. Le résumé en gras de mes travaux commence par évoquer  » un
nouveau danger « , terme que je n’ai jamais employé dans ma publication.
Deuxièmement, une des lignées cellulaires que j’utilise est bien issue
d’un choriocarcinome de placenta humain, ce qui en fait a priori des
cellules plus résistantes que des cultures primaires, et possiblement à
une sous-estimation de l’effet observé plutôt que le contraire. D’autre
part, les premiers effets néfastes sont observés à une dilution de
10.000 du produit Roundup en 1 heure, et non à une dilution de 100, ce
qui jette la suspicion sur les calculs effectués dans ces pages que
vous m’avez transmises. De plus, les chiffres théoriques amenés par M.
Fellous et collaborateurs sur la toxicité du glyphosate n’ont aucune
réalité pour le calcul du danger d’exposition au produit Roundup,
puisque celui-ci est commercialisé avec des synergisants de formulation
qui amplifient grandement les effets du glyphosate, et différemment
selon le modèle et le temps d’exposition, comme je l’ai montré avec
d’autres auteurs cités en références dans ma publication. Ensuite, j’ai
conclu dans ce travail à un effet  » perturbateur endocrinien potentiel
« , ce qui correspond totalement à la dernière définition donnée en note
11. Enfin, à l’évidence, les travaux de la Commission d’Etude de la
Toxicité des Produits Antiparasitaires à Usage Agricole pour
l’évaluation du danger du Roundup qui s’appuient sur le métabolisme du
glyphosate, non administré avec ses adjuvants de formulation, doivent
complètement être revus.

7)
Enfin, Monsieur le Président de la Mission LE DEAUT, et Monsieur le
Rapporteur Christian MENARD, je ne comprends pas que vous ayez pu
écrire à mon sujet, le 16 mars 2005, avant de m’auditionner, au
Président de l’Assemblée Nationale, aux Membres de la Mission et aux
Présidents des groupes politiques. Cette pratique me semble
malencontreuse. Vous avez écrit à propos de mon point de vue  » on peut
craindre qu’il est peu propice au débat contradictoire « , ce que je
réfute totalement. Encore une fois, une manoeuvre pour décrédibiliser
ma personne ou mes travaux avant de m’auditionner ne m’apparaît pas une
pratique honnête, et ne donne pas une haute opinion de votre politique.

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