OGM : secret d’Etat – secret par Etat, Oct. 2005

OGM : secret d’Etat – secret par Etat, Oct. 2005

Le silence assourdissant qui a entouré la dépêche de l’AFP rendant publique la note du gouvernement français pour réclamer le secret industriel sur les études mettant en cause l’impact sanitaire des OGM tient du scandale à plus d’un titre.

Chronique de Corinne Lepage – 12.10.2005  



Le silence assourdissant qui a entouré la dépêche de l’AFP rendant
publique la note du gouvernement français pour réclamer le secret
industriel sur les études mettant en cause l’impact sanitaire des OGM
fait plus qu’interpeller. Il s’agit en réalité d’un double scandale.
Scandale dans la volonté exprimée sans scrupule par le gouvernement
français dans une note envoyée à la commission européenne de faire
modifier l’article 25 de la directive 2001-18 sur les OGM qui exclut le
secret industriel lors qu’il s’agit d’études sur la santé et
l’environnement. L’objectif est d’interdire d’ouvrir toute controverse
scientifique sur ces études qui montrent des effets significatifs sur
les rats.

Scandale dans le traitement médiatique de cette note
puisqu’en dehors de l’UFC Que Choisir, Novethic et Actu-Environnement,
aucun vecteur de presse n’a repris cette information pouvant doublement
être intéressante à la fois sur le plan du comportement politique du
gouvernement et sur le plan des effets potentiels sur la santé même des
OGM. S’il n’y a pas d’effets, pourquoi vouloir à toute force cacher ces
études et ouvrir un vrai débat contradictoire ? Or,
c’est l’omerta au sens le plus fort du terme. Pourquoi ? Du fait du
poids des annonceurs dans une presse de plus en plus prise à la gorge
lorsqu’elle n’est pas directement détenue par les intérêts industriels
eux mêmes ? L’explication est insuffisante. Parce que la télévision a
perdu son indépendance par rapport au gouvernement qui interdit
certaines informations ? La reprise en main politique est certaine. Mais
elle n’explique pas l’ampleur du phénomène. Alors faut-il penser que
les journalistes ont été convaincus du bien fondé des OGM ? Pour une
part, sans doute, grâce aux efforts immenses de communication des
agro-semenciers. Mais ce n’est évidemment pas le cas de tous. Alors
pourquoi ? Sans doute parce que beaucoup considèrent que le combat
contre les OGM est perdu et il est vrai que les firmes ont remporté
plusieurs manches : jugement du tribunal de 1ère instance de la CJCE
interdisant à l’Autriche de refuser les OGM, plantation secrète de 1000
ha d’OGM en France, position favorable aux OGM de la Commission,
utilisation de la lutte contre certaines maladies pour légitimer les
OGM…..etc. Mais aussi parce que ceux, qui dans la presse, veulent
informer ne peuvent plus le faire car l’avenir des OGM dépend
expressément de ces études. Si en effet, des experts indépendants
analysent ces premiers résultats et exigent, a minima, que ces études
soient refaites par des organismes publics, alors la question de
l’impact sanitaire des OGM sera clairement posée. La responsabilité de
tous ceux qui, experts et décideurs, en dehors des fabricants eux-mêmes, imposent aux citoyens européens des OGM dont ils ne veulent pas,
sera mise en cause. C’est la raison pour laquelle le combat est si
rude. De même que ceux qui exigeaient entre 1906 et 1930 qu’un
véritable débat contradictoire scientifique ait lieu sur l’amiante se
sont heurtés à la Science Officielle et aux politiques – alors que dès
1919 certaines compagnies d’assurance aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne ne couvraient plus le risque des entreprises fabriquant de
l’amiante. De même aujourd’hui, il est « urgent » d’interdire le débat
sur les effets sanitaires des OGM. Or si l’utilisation de l’amiante a
été réversible à l’opposé de ses conséquences sur la santé des
personnes contaminées – celle des OGM ne le sera pas d’où une
responsabilité accrue des responsables.

Corinne LEPAGE

Avocat
Ancien Ministre de l’environnement
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