La sortie de crise Covid-19

La sortie de crise Covid-19

Par Alain GRIMFELD • Membre du CRIIGEN
Médecin pédiatre • 
Sa Biographie…

Construction d’une nouvelle politique sanitaire, économique, sociale et environnementale.

Contexte : une crise révélatrice

La crise sanitaire liée à la pandémie due au virus SARS-CoV-2 responsable de la Covid-19, maladie à dominante respiratoire parfois mortelle, nous conduit désormais à qualifier de prioritaire le domaine Santé & Environnement dans le programme de gouvernance de notre pays, en termes notamment de démocratie sanitaire.

Ceux qui ont mené des réflexions approfondies dans ce domaine, depuis des années, et ont informé, autant qu’ils ont pu, leurs concitoyens et les responsables politiques sur l’éventualité de catastrophes naturelles ou industrielles, liée à des perturbations environnementales, n’ont pas été écoutés. Concernant les infections à coronavirus, des épisodes sanitaires antérieurs (à SRAS-Cov en 2003 et à MERS-CoV en 2015) nous avaient pourtant alertés, et des documents scientifiques1-2, ou d’autre nature3, étaient disponibles pour déclencher très tôt une évaluation des risques encourus, et les mesures adaptées à prendre.

Ce manque d’anticipation a conduit à une gestion chaotique de la crise sanitaire que nous connaissons, au cours de laquelle les phases
1• de mise en place de mesures d’évitement du danger,
2• de déclenchement de moyens d’atténuation,
ont été rapidement dépassées pour finalement nous plonger dans la phase,
3• d’adaptation, avec une obligation de confinement et une saturation rapide et dramatique des moyens sanitaires disponibles.

 

 

Le déconfinement

 Nous avons maintenant à mener une réflexion en profondeur sur les modalités de sortie de crise, puisque nous aurons à construire un nouveau fonctionnement sociétal, selon une démarche de résilience complexe, comportant des abords de régimes de prévention et de précaution, conduisant à des prises de décision en situation d’incertitude, et la mise en place conjointe de recherches finalisées.

Dans l’immédiat, pour que se poursuive dans les meilleures conditions la résolution de la pandémie, et que l’on puisse parer de manière efficiente aux conséquences néfastes d’une éventuelle résurgence, il est nécessaire :

1• que la pratique des tests biologiques soit généralisée, qu’il existe ou non des symptômes de la maladie Covid-19, et

2• que soient rigoureusement respectées les mesures « barrières », au premier rang desquelles se situe le port systématique de masque dans l’espace public :

– en cas de positivité du test PCR, révélant le portage du virus SARS-CoV-2 au niveau rhino-pharyngé, la personne informée devrait,

      • dans un premier temps, au mieux demeurer en « quatorzaine » à domicile, et se surveiller quant à l’apparition ou l’aggravation de symptômes, afin de pouvoir bénéficier de soins dans les meilleures conditions, sinon, et en cas d’absence de symptôme, éviter de manière drastique, par le port d’un masque et le respect de la distanciation physique, la contamination des autres et notamment des personnes fragiles et vulnérables (dont les personnes âgées),
      • dans un second temps, répéter le test au décours de cette quatorzaine afin de vérifier la disparition du virus ;

– en cas de présence d’anticorps sériques spécifiques du virus, la personne informée saurait que, selon toute probabilité, elle n’est pas contagieuse vis à vis des autres et ne risque pas elle-même d’être contaminée, au moins durant la période en cours (sous réserve de nouvelles connaissances, issues des multiples recherches actuellement menées, en particulier quant à la durée de l’immunisation) ;

– en cas de test PCR négatif et d’absence décelée d’anticorps, la personne informée saurait qu’elle est à risque permanent d’être contaminée, surtout si elle fait partie des personnes fragiles et vulnérables, parmi lesquelles se comptent les personnes âgées, diabétiques, atteintes de maladie chronique cardio-vasculaire ou rénale, ou encore de déficit de l’immunité (lors du traitement d’un cancer par exemple) ; il lui serait alors fortement conseillé de rester confinée, théoriquement jusqu’à disparition de la circulation « active » du virus ; on conçoit que ce confinement pourrait être « aménagé » grâce à une protection rigoureuse de la personne par le port de masque, de lunettes, de gants et la distanciation..

 

 

Marcel de la gare • Extrait de « Tout va de traviole ! » • Les Dessin’Acteurs

Au décours : de nouvelles orientations politiques

Par la suite, dans un contexte d’extinction déclarée de la pandémie, dans le cadre d’un projet de politique générale, les actions suivantes devraient s’imposer :

1• Construire un programme d’enseignement Santé & Environnement dédié, sous des formes adaptées, à tous les futurs professionnels de santé, à ceux qui se destineront aux sciences humaines et sociales, mais également à toute personne, quel que soit ou sera son statut social, et cela depuis le plus jeune âge. En cette matière, il sera indispensable de relancer, de manière pérenne, les campagnes étendues et périodiques de prévention et d’éducation en santé.

2• Réserver une part significative des budgets de recherche, publics et privés, au domaine Santé et Environnement, avec une attention particulière portée,

i• à l’étude des nouveaux produits, de nature vivante ou minérale, d’une part avant leur mise sur le marché, eu égard à leur dangerosité plausible sur le vivant, d’autre part au cours de leur utilisation, dans un esprit d’éco-vigilance,
ii• à l’étude des modes de transmission vectorielle (par les animaux et polluants minéraux) concernant les micro-organismes infectants,
iii• aux conséquences des changements climatiques portant sur les atteintes à l’environnement et à la santé humaine.

3• Considérer, en écho à l’initiative « one health », avant de décider des actions à mener, que la santé de l’homme implique un état « sain » de la biodiversité et de l’environnement, notamment à l’égard des eaux et des sols, et prendre en compte pour cela les échelons locaux, régionaux, nationaux et internationaux avec le concours de l’OMS.
Préserver, dans ce cadre, la biodiversité, dans un esprit de maintien d’équilibre entre espèces, à l’aide d’indicateurs pertinents, et en mobilisant les opérateurs existants, publics et privés, chargés des missions de veille, d’alerte et d’expertise en matière de liens unissant santé et environnement, avec la capacité de dépister les émergences de crise.

4• Élaborer un plan d’économie ayant pour objectifs prioritaires

i• de recouvrer le maximum d’autonomie, en termes notamment de réactivité face à une crise, en particulier sanitaire,
ii• de promouvoir une politique industrielle et commerciale, selon un modèle spécifique à notre pays, qui nous permette de maintenir notre rang parmi les puissances économiques au niveau international,
iii• de respecter une démarche éthique, notamment quant à la production et à l’élimination des déchets.

5• Renforcer et compléter les règles du commerce, et notamment le contrôle sanitaire au niveau international, en collaboration avec l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), afin de prévenir les situations déclarées imprévisibles alors qu’elles ne sont qu’imprévues.

6• Revoir les modes de production agricole et des élevages, à l’aune des conséquences observées selon les pays et les territoires, en associant à la réflexion les Chambres d’agriculture au plan national, et avec l’appui de la Food & Agriculture Organization (FAO) au plan international.

7• Repenser l’aménagement territorial en tenant compte davantage des changements climatiques et des crises sanitaires possibles. Ainsi, la tendance à la densification urbaine doit être reconsidérée à l’aune des conséquences d’une pandémie, telle celle que nous subissons actuellement, dans ce type d’environnement.
Il faudra cependant veiller à ce qu’elle ne conduise pas, pour autant, à un choix alternatif consistant en un étalement urbain, ayant pour conséquences une artificialisation des sols et une perte de biodiversité.

8• Innover un modèle de communication qui, spécifiquement, puisse assurer un respect de la déontologie et de l’éthique en période de crise, en distinguant clairement l’avis scientifique de la décision politique.

Ce sont là, dès la sortie de crise actuelle, des actions dont la réalisation sera de la responsabilité des autorités compétentes scientifiques, juridiques, et in fine politiques.

 

Références  bibliographiques  

  1.  Comité de la prévention et de la précaution « Catastrophes environnementales. Préparer l’évaluation de leurs effets et le retour d’expérience ». Avis Février 2008
  2. Vigneron CM. « Coronavirus spécifiques et transmissions interspécifiques ». Thèse pour le doctorat vétérinaire. Ecole nationale vétérinaire d’Alfort. Année 2017
  3. Comité consultatif national d’éthique « Questions éthiques soulevées par une possible pandémie grippale ». Avis Février 2009