La contamination au mercure réduit l’espérance de vie dans la communauté autochtone de Grassy Narrows

La contamination au mercure réduit l’espérance de vie dans la communauté autochtone de Grassy Narrows

La communauté Anishinaabee de Grassy Narrows subit encore aujourd’hui les conséquences de l’une des pires catastrophes environnementales survenue au Canada au début des années 60. À l’époque, la papeterie Dryden Chemical avait déversé 10 tonnes de mercure dans la rivière de Wabigoon-English, contaminant les poissons dans tout le réseau hydrographique.  Bien que la concentration de mercure dans les poissons, leur aliment de base, ait diminué avec le temps, elle reste élevée.

Au Canada, l’espérance de vie des Premières Nations est environ 10 ans plus basse que les non-autochtones. Toutefois, l’influence des expositions toxiques sur cette différence est encore inconnue. Aline Philibert, Myriam Fillion, Donna Mergler ont cherché à savoir si une exposition élevée au mercure au fil du temps contribue à la mortalité prématurée (moins de 60 ans) dans la communauté de Grassy Narrows.

Méthodes • Avec l’aide de la communauté, nous avons obtenu plusieurs milliers de mesures de mercure des échantillons de sang ou des cheveux, recueillies chez leurs membres par les gouvernements de l’Ontario et du Canada lors d’un programme de surveillance tenu entre 1970 et 1997. Une approche cas-témoins nous a permis de tester si les individus qui étaient décédés prématurément avant l’âge de 60 ans (cas) présentaient une exposition de mercure à long-terme plus élevée que les témoins de même sexe, d’âge similaire et avec un minimum de 4 biomarqueurs de mercure, dont au moins deux la même année. Les analyses statistiques des séries chronologiques interrompues, des modèles mixtes et des modèles de survie de Cox ont été réalisées.

Résultats • Nous avons constitué une base regroupant des données rétrospectives de mercure (n=3603) entre le 1er janvier 1970 et le 31 janvier 1997 sur 657 personnes (319 femmes et 338 hommes, nés entre 1884 et 1991). La concentration de mercure dans les cheveux a diminué avec le temps sur l’ensemble des individus. Un total de 222 individus (107 femmes et 115 hommes) qui auraient pu atteindre 60 ans en août 2019, nous ont permis de faire des analyses sur les décès prématurés. Les personnes avec un niveau de mercure dans les cheveux de 15 µg/g ou plus présentaient un risque plus élevé de 55% de décéder à un plus jeune âge que ceux avec des niveaux plus faibles (rapport de risque ajusté 1,55; 95 % IC 1,11-2,16; p=0,008). Parmi les personnes décédées (n=154/222), la longévité a diminué d’un an pour chaque augmentation de 6,25 µg/g (95 % IC 4,35-14,29) de concentration de mercure dans les cheveux. Les analyses cas-contrôles effectuées sur 36 paires ont montré que les personnes décédées avant 60 ans à Grassy Narrows avaient été exposées au mercure 4,7 fois plus (95 % IC 3,4-5,9) sur une même période de temps que celles qui ont vécu plus que 60 ans.

Interprétation • L’ensemble des résultats convergent tous vers une association entre l’exposition à long terme au mercure provenant de la consommation de poissons d’eau douce et la mortalité précoce dans cette communauté autochtone. Des études supplémentaires sont donc nécessaires pour étudier les risques et les avantages de la consommation de poissons d’eau douce dans les régions contaminées.

Financement • Instituts de recherche en santé du Canada.

Lire l’étude complète (en anglais)…

Lire un article de presse canadienne (« The Star » – En anglais)…