Crise sanitaire : le summum de la pensée manichéenne

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Les vaccins arrivent à pas lents mettant en évidence des difficultés conceptuelles, scientifiques, techniques et logistiques… La question fatidique est lancée : « Êtes-vous pour ou contre les vaccins ? ». Avec cette question, resurgit la pensée binaire qui amène à voir la réalité en termes de dualité, à mettre les éléments en opposition brutale, à scinder les problèmes en deux extrêmes. Mais la vie, la santé ne peuvent pas être réduites à une pensée binaire ou linéaire. La pensée binaire, c’est la loi du tout ou rien et poussée à l’extrême, elle favorise les exclusions et les stigmatisations. Il n’y a pas de place pour « l’entre deux » ! • Par Joël SPIROUX

Il nous faut aller plus loin, pour intégrer, dépasser et conjuguer cette approche avec d’autres afin d’appréhender la réalité dans toute sa complexité ? Nous aurions beaucoup à gagner à évoluer vers une pensée circulaire, englobante comme celle de « YinYang » qui incorpore davantage d’éléments contextuels… Mais ce que demande la population, c’est d’être considérée comme des humains responsables et aptes à faire des choix en toute connaissance de cause et en intégrant l’intérêt personnel et celui de la société, afin de pouvoir évaluer la balance « bénéfice/risque ».

C’est là que le bas blesse ! Beaucoup de questions justifiées restent sans réponse ou pire avec des réponses variables d’un jour à l’autre. Cette nouvelle technique de vaccin à ARN est-elle vraiment fiable à court ou long termes ? Pourquoi ne pas avoir axé la recherche sur des types de vaccins qui ont déjà fait leurs preuves ? Ces vaccins ont-ils été testés sur toutes les populations quel que soit l’âge ? Quel est le pourcentage de protection après vaccination en fonction des différents vaccins ? Une fois vacciné, est-il possible de transmettre le virus ? Quand est-il des différents variants de Covid ? D’où parlent les scientifiques qui gèrent la crise ?

La science n’a pas réponse à tout, il faut alors expliquer clairement pourquoi, en toute transparence et sans faux fuyant. C’est la seule solution pour rassurer et calmer les craintes et les peurs…

Mais sous-jacente, la question de confiance rode… La perte de confiance vis-à-vis du système de soin a ses racines dans les trop nombreuses crises sanitaires passées et aussi dans la gestion purement économique du système de soin, fermeture d’hôpitaux, de lits… Depuis quatre années, les services de soins intensifs ont tiré la sonnette d’alarme, manque de lits, de matériels, de personnels, allant jusqu’à faire une grève « symbolique ». Mais ces réclamations sont restées sans réponse…

Concernant plus spécifiquement la Covid, les éléments qui fondent la perte de confiance de la société se résument aux décisions prises à la « va vite », aux voltes faces, aux incohérences vis-à-vis par exemple des masques FFP1 d’abord inutiles puis utiles, fabriqués à la maison et maintenant il faudrait passer aux FFP2, mais il n’y a pas de stock… Concernant les vaccins, ils nécessitent un rappel au bout de trois semaines, mais par manque de vaccin, on reporte à six semaines, en sachant qu’une infection par la Covid, entre le vaccin et son rappel pourrait être dangereuse…

Chemin faisant, chacun reste sur sa position, les « pro vaccins » se focalisent sur les vaccins à en oublier toutes les possibles autres voix thérapeutiques, les balayant du revers de la manche en stigmatisant ceux qui cherchent… Quant aux « antivaccins » se sentant cernés de toute part et discrédités, ils peuvent être tentés de se réfugier vers des thérapeutiques n’ayant pas fait leurs preuves… Chacun donnant foi à leurs convictions plutôt qu’à la science…

Cela me rappelle un texte de Nietzsche dans le Gai Savoir (5ème livre, Nous sans peur, 344)

« Dans la science, les convictions n’ont pas le droit de cité, voilà ce que l’on dit à juste titre : c’est seulement lorsqu’elles s’abaissent au rang modeste d’une hypothèse, d’un point de vue expérimental provisoire, d’une fiction régulatrice, que l’on a le droit de leur accorder l’accès au royaume de la connaissance et de leur y reconnaître même une certaine valeur. […] Mais si l’on y regarde de plus près, cela ne signifie-t-il pas : c’est seulement lorsque la conviction cesse d’être conviction qu’elle peut parvenir à accéder à la science ? »

La crise du Covid met au grand jour une transformation silencieuse dans les rapports de la société à la science, la technoscience et aux politiques qui va s’exprimer par une fracture sociale et qui aura des conséquences dramatiques pour tous et particulièrement pour les plus défavorisés.

Nous subissons de plus en plus : la pensée disjonctive, la pensée réductrice, la pensée binaire ou linéaire alors même que les problèmes planétaires sont de plus en plus liés les uns aux autres… Il nous faut donc créer un vrai système de santé intégratif et global comprenant l’homme et son environnement (qu’il soit biologique, chimique, physique ou socio-anthropologique) et pas uniquement un système de soin, comme celui que nous possédons et qui montre malheureusement son incapacité à faire face aux aléas biologiques, chimiques et à nous maintenir en bonne santé.

Pour sortir de ce monde binaire et explosif il va falloir démocratiser la science, favoriser des débats scientifiques et citoyens contradictoires, transparents, dans le respect de l’autre. Le CRIIGEN essaie d’y participer le plus activement possible !