Coro-Sida virus. Vraiment ?

Coro-Sida virus. Vraiment ?

Par Guillaume de CROP • Salarié du CRIIGEN
et Christian VÉLOT • Président du Conseil Scientifique du CRIIGEN • Généticien moléculaire •  Sa Biographie…

Défendre des idées sur la place publique, c’est bien. Le faire honnêtement, c’est mieux, qui plus est quand il s’agit de science dans un contexte pandémique mortifère anxiogène ! Mi-avril, le Professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine 2008, annonce que le virus SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19, provient de manipulations génétiques effectuées à Wuhan impliquant le virus du SIDA. Rien que ça ! Et d’appuyer son propos sur une « tentative de publication indienne » le démontrant sur la base de ressemblances génétiques entre les deux virus. Regardons de plus prêt…

La page de garde de l’étude Indienne en question est affichée sur le site de « bioRxiv », un serveur spécialisé en biologie. En haut de page, au sein d’un bandeau jaune ne pouvant échapper à l’œil, s’affiche une mise en garde : « bioRxiv reçoit de nombreux nouveaux articles sur le coronavirus SARS-CoV-2.   Un rappel : il s’agit de rapports préliminaires qui n’ont pas fait l’objet d’un examen par les pairs. Ils ne doivent pas être considérés comme concluants, ni guider la pratique clinique ou les comportements liés à la santé, ni être présentés dans les médias comme des informations établies. » Tout est dit !

 

Juste en dessous, est inscrite la mention « WITHDRAWN » qui signifie… « RETIRÉE ». Un simple clic sur « Download PDF » affiche alors une page datée du 2 février 2020 et rédigée comme suit : « Cet article a été retiré par ses auteurs. Ils ont l’intention de le réviser en réponse aux commentaires reçus de la communauté des chercheurs sur leur approche technique et leur interprétation des résultats. Si vous avez des questions, veuillez contacter l’auteur correspondant ». Et à ce jour (23/09/2020), aucune réaction des auteurs n’est lisible.

Ouvrons maintenant l’étude proprement dite. Chacune des 14 pages est également filigranée d’un énorme « WITHDRAWN » sur la diagonale. Que ce retrait soit le résultat ou non de pressions exercées sur l’équipe indienne, les similitudes génétiques entre SARS-CoV-2 et VIH n’infirment ni ne confirment en rien un bidouillage d’origine humaine. N’en déplaise au professeur Montagnier. Pourquoi ?

Un virus ne peut se reproduire seul. Il injecte son propre matériel génétique au sein de certaines cellules de l’organisme infecté, détournant ainsi le métabolisme de ces cellules au profit de la multiplication du virus. Pour ce faire, il ouvre des portes naturelles des dites cellules grâce à une clé (protéine) dont le virus possède le secret de fabrication au sein de ses gènes.  Cette protéine virale, la clé, est présente à la surface du virus. Les portes d’entrée dans les cellules cibles du virus sont également des protéines appelées « récepteurs » et sur lesquelles va donc se fixer le virus grâce à sa protéine qui lui sert de « clé ». Pour le SARS CoV-2, le récepteur (c’est-à-dire la porte d’entrée dans les cellules qu’il infecte), est la protéine appelée « ACE2 », et la clé, une autre protéine appartenant donc au virus, au doux nom de « Spike ». Après ouverture de la porte cellulaire et injection du matériel génétique viral, nos cellules ainsi infectées fabriquent alors de nouveaux virus capables eux-mêmes d’infecter… d’autres cellules. Le tour est joué ! Nous tombons malade le temps que nos lentes défenses immunitaires entrent en action, si toutefois celles-ci ne sont pas déjouées par des stratégies développées par le virus, comme c’est le cas avec le VIH. Retrouvez ce processus d’infection virale dans de courtes vidéo, ici pour le VIH , et là pour le SARS-CoV2, deux exemples au cœur de notre sujet.

 

 

Effectivement, SARS-CoV2 et VIH affichent des similitudes génétiques, mais celles-ci ne sont pas forcément surprenantes pour deux raisons. Rappelons tout d’abord que le langage génétique s’appuie sur un alphabet de quatre lettres (A, G, C, T), tous les mots faisant 3 lettres. Le génome du SARS CoV-2 (l’ensemble de ses gènes : son livre génétique) fait au total 29 903 lettres.

D’une part, les ressemblances génétiques entre SARS-CoV2 et VIH concernent 4 séquences qui font respectivement 18, 18, 36 et 24 lettres (soit, 6, 6, 12 et 8 mots). Utilisons la parabole suivante : choisissez 10 livres au hasard dans votre bibliothèque et estimez le nombre de fois où vous y retrouverez le mot « maison ». Du fait de son aspect très commun et sa relative petite taille, vous conviendrez que la probabilité de trouver ce mot une ou plusieurs fois dans les 10 livres est bien plus forte que celle d’y trouver le mot « oligoasthénotératospermie ».

D’autre part, ces 4 séquences se trouvent dans un même gène du SARS-CoV2 : celui détenant le secret de fabrication de la protéine clé du virus, la protéine « Spike ». Et pour le VIH, ces 4 séquences se retrouvent également dans le gène détenant le secret de fabrication de sa protéine clé (appelée « gp120 »).  Or les ressemblances génétiques entre organismes différents concernent justement des gènes impliqués dans des processus conservés, et reflétant donc des fonctionnements équivalents. Il s’agit ici du processus d’infection des cellules-hôtes, et plus précisément de l’étape de fixation de la clé sur la porte des cellules infectées (même si les cellules infectées ne sont pas les mêmes pour les deux virus). Certaines de ces similitudes SARS-CoV2/VIH se retrouvent aussi dans de nombreux autres virus dont les cibles sont pourtant bien différentes : un herpès virus de souris, un cytomégalovirus de rat (le virus qui provoque la mononucléose, communément appelée « maladie du baiser »), un virus des patates douces, des virus bénins comme le lutéovirus (virus du pêcher), le papillomavirus bovin de type 9, un virus qui infecte les guêpes, un virus de Streptocoque (bactérie), …

De telles ressemblances génétiques sont courantes, y compris entre organismes appartenant à des règnes différents (animal, végétal, bactérien, champignons, …) dès lors qu’elles concernent des gènes impliqués dans des fonctions très répandues dans le monde du vivant. Et le Nobel Montagnier ne peut s’étonner de l’existence de telles ressemblances au point de s’empresser d’en déduire qu’il s’agit forcément de manipulations humaines. Ou alors, on donne vraiment le Nobel à n’importe qui….

 

Mais tout cela ne veut pas dire a contrario que l’hypothèse d’une manipulation humaine doit absolument être exclue. Les virus sont en effet couramment utilisés dans certains laboratoires pour en faire des outils biotechnologiques, notamment de transfert de gènes vers des cellules cibles, dans la perspective de thérapies géniques et cellulaires, ou de vaccination. Mais il s’agit normalement de virus « désarmés », c’est-à-dire rendus inoffensifs par élimination de leurs facteurs de virulence et tout ou partie de leur matériel génétique, lequel est remplacé par le matériel génétique d’intérêt que l’on souhaite introduire dans les cellules cibles. Cela n’élimine pas tous les risques mais c’est une précaution minimale. S’il s’avère que la Covid-19 est bien le fruit d’une fabrication humaine, cela justifie, par un dramatique exemple de plus, le combat que le CRIIGEN mène depuis des années contre les risques environnementaux et sanitaires des manipulations génétiques : nous ne maitrisons rien du monde du vivant. L’espèce humaine, dans son indescriptible sentiment de toute puissance (divine ?), engendre des catastrophes trop souvent au nom d’une économie également toute puissante.

Mais aujourd’hui, l’origine du SARS-Cov2 reste inconnue. Et si aucune hypothèse ne peut a priori être écartée, ce sont les faits qui doivent alimenter la thèse et non pas la thèse, fût-elle d’un prix Nobel, qui doit réécrire les faits. Pour le plus grand plaisir des groupes complotistes…

Guillaume de CROP et Christian VÉLOT