Avis de l’académie de médecine : impact des OGM sur la santé : Avril 2003

ADN

Analyse de la nature des documents publiés par les Académies des Sciences et de Médecine en soutien de leur avis en particulier sur l’impact des OGM alimentaires sur la santé.


1 – Objectifs

Le document suivant correspond à un rapport d’analyse, en toute
indépendance des producteurs d’OGM, des documents essentiels sur
lesquels se sont fondés les Académies françaises des Sciences et de
Médecine pour émettre leurs avis sur les OGM disséminés dans
l’environnement. Etant donné la compétence des membres de ces
institutions dans les domaines de la biologie et de la santé et la
nature de leurs communiqués à ce sujet, l’objectif de ce document n’est
pas de discuter l’impact économique avéré, potentiel ou espéré des OGM,
ni d’entrer dans un débat contradictoire. Il se focalisera
essentiellement sur la nature des documents publiés ayant servi aux
Académies à se prononcer sur les effets ou non des OGM sur la santé et
l’environnement, et en particulier des plantes génétiquement modifiées
à usage alimentaire.

2 – Documents

Les Académies ont organisé rencontres, réunions et communications pour
forger leurs avis. Les conférenciers invités qui s’y sont exprimés et
les membres du groupe de travail qui ont préparé l’avis ont été au
nombre de douze pour l’Académie des Sciences, dont sept ne sont pas
membres ni correspondants des Académies, comprenant le représentant de
l’industrie semencière Limagrain. L’Académie des Sciences est la seule
à avoir publié un rapport scientifique sur son avis, l’Académie de
Médecine nous ayant indiqué qu’elle avait publié un communiqué et non
un rapport. Quelques articles de même teneur que ceux de l’Académie des
Sciences sont disponibles sur Internet et dans le Bulletin de
l’Académie de Médecine dans sa séance du 26 novembre 2002. Sur des
critères strictement scientifiques, les arguments d’autorité ou
généraux non étayés ont été dans un premier temps écartés afin de ne
pas entrer dans un débat de manière unilatérale. Nous aurons pour
principe dans cette analyse de prendre en compte les arguments appuyés
par des références scientifiques dûment validées par des pairs dans des
revues internationales à comité de lecture, le cas échéant. Le rapport
de l’Académie des Sciences sur le sujet est publié par son comité dit
“RST” (Rapport Science et Technologie) de vingt quatre membres ou
correspondants. Il est disponible dans un ouvrage (Editions Tec et Doc,
Lavoisier, 2002: “Les Plantes Génétiquement Modifiées”). Son résumé
indique clairement “Toutes les critiques formulées contre les OGM
peuvent être en grande partie écartées sur des critères strictement
scientifiques”. Nous étudierons donc ces critères scientifiquement.

3 – Analyse

Mise à part les recommandations générales et spécifiques soulignant la
philosophie de l’Académie sur le sujet et sa vision stratégique, et en
sus de l’introduction de mise en contexte servant de présentation, le
cœur de l’ouvrage est constitué de six chapitres. Des interventions
d’un groupe de lecture critique suivent, ce qui est un procédé
original. L’intervention du Muséum d’Histoire Naturelle apporte à cet
égard une vision riche et documentée de références sur les risques
écologiques. Les autres interventions sont des avis personnels et
souvent économiques majoritairement sans références bibliographiques.
Les six chapitres vus comme documentation centrale sont détaillés
ci-après:

Chapitre 1 – La transgenèse végétale, de l’ADN aux protéines.

Il porte sur les techniques et les principes qui permettent de réaliser
des OGM. Oscillant entre généralités scientifiques de base sur l’ADN et
caricatures pas toujours vraies, comme le savent les biologistes: “le
nombre de chromosomes dans le noyau est fixe pour un organisme donné”
ou “la grille de correspondance entre les triplets (appelés “codons”)
et les acides aminés est universellement conservée” ou encore “une
modification génétique concernant le plaste ne peut pas être propagée
par le gamète mâle via le pollen”. On trouve aussi des phrases du type:
“les organismes sont constitués de différents organes”. Cet article de
niveau secondaire qui se veut plutôt grand public n’entre pas dans la
discussion des OGM et n’analyse aucune donnée à leur égard.

Chapitre 2
– Les plantes transgéniques et la recherche fondamentale: la science et
la société.

Cet article correspond à la réflexion sociologique d’un
biologiste préoccupé par “l’heuristique de la peur” qu’il imagine chez
les opposants aux OGM. Dans tout l’article, l’amalgame est entretenu
entre l’éventuelle réprobation de la recherche fondamentale, et la
réprobation de l’utilisation industrielle des OGM dans l’environnement
et l’économie de l’agriculture. Des recommandations ponctuent la
conclusion de ce long essai sur la nécessité du financement de la
recherche et d’une meilleure communication. Il s’agit d’un manifeste
plutôt militant sur des perceptions d’idées avec des paragraphes
intitulés “les chercheurs face à eux-mêmes, à la société, à la
violence, aux impératifs économiques…”. De ce fait , ce chapitre n’a
rien d’une analyse sur la sécurité, en particulier sanitaire, des OGM.

Chapitre 3 – La transgenèse végétale en agriculture.

Ceci est un chapitre d’histoire agronomique à la faveur des OGM,
lesquels s’inscrivent selon les auteurs dans l’agriculture durable, par
argument d’autorité non justifié. Les OGM promis dans le futur sont
ceux qui sont décrits dans les différents livres blancs déjà publiés
par les industriels. La seule figure à base de données chiffrées de
l’article décrit la position de la France en matière de brevets ayant
pour support une cellule végétale. Encore une fois, la plaidoirie est
économique, ce qui est étrange, pour un document de base de l’Académie
des Sciences de la vie. Et les recommandations de conclusion ne
manquent pas: il convient de “réagir face à la fragilisation de la
recherche”, et l’on demande “une nécessaire évolution de la
réglementation”, surtout afin de ne plus distinguer les plantes
transgéniques des autres, et encore “L’écoute des organismes
internationaux: il n’y a pas d’accord international sur la nécessité
d’étiquetage”. Les positions philosophiques peuvent faire réfléchir,
mais toujours aucune étude avec analyse de données.

Chapitre 4
– Les plantes transgéniques: les risques et la réglementation.

Enfin
avec ce titre de chapitre on pourrait attendre une étude des risques,
d’autant que l’auteur a siégé aux côtés d’Axel Kahn à la CGB pour
autoriser les premiers maïs OGM avec des gènes de résistance aux
antibiotiques, et fait encore partie de la CGB qui évalue les risques
des OGM, et non de l’Académie des Sciences ou de Médecine. C’est
également le même auteur qui co signe une synthèse de ce texte pour
l’Académie de Médecine, avec le secrétaire de la CGB pour
l’administration. Une introduction commence par décrire les réductions
de pesticides aux Etats Unis sans aucune référence scientifique. Très
vite, on passe dans les projections promises par les industriels sans
qu’ils soient nommément cités: “les données issues d’outre-Atlantique”
est la seule indication, on ne peut plus vague, sur la source des
chiffres évoqués, et des extrapolations à l’Europe font écrire “20,5
millions de litres de carburant de moins seraient consommés” si l’on
cultivait 50% de certains OGM. Le raccourci de raisonnement est
saisissant pour une publication scientifique qui se rapproche dans la
méthode des publicités télévisuelles. Cet outil pour convaincre est
novateur pour l’Académie des Sciences. On entre ensuite dans une longue
liste réglementaire qui reprend grosso modo la directive européenne des
risques à analyser, ou parfois des bénéfices à percevoir, avec le
chiffrage des seuls bénéfices sur des considérations et non des
résultats d’études. Les arguments d’autorité sont utilisés, parfois
assez étranges et toujours sans référence scientifique: “l’utilisation
de papayers résistants à ce virus a permis de rétablir la situation” ou
“le système terminator (stérilisant les plantes) consistait à prévenir
la dissémination des transgènes dans l’environnement”. Ou encore sur
une protéine allergène du riz on trouve simplement comme argument dans
le paragraphe intitulé “allergénicité”: “une équipe de chercheurs
aurait pu obtenir l’inactivation du gène” sans autre détail ni
référence. Nous ne reviendrons pas sur les généralités caricaturales du
type: “notre métabolisme dégrade l’ADN consommé en nucléotides,
chimiquement identiques dans tout le monde vivant”, en oubliant que
chaque repas correspond à une digestion partielle des substances
ingérées. Souvent aujourd’hui, les journaux quotidiens deviennent donc
plus précis dans leurs descriptions que certains articles de base de
l’Académie des Sciences sur le sujet. On trouve aussi des généralités
étranges à formulation très discutable: “l’ADN étant une molécule
universelle, son origine n’a en soi aucun impact sur son rôle ni sa
faculté à se répliquer et se transmettre” ou des évidences
“l’évaluation des risques est la clé de voûte de la réglementation”.
Des “Recommandations” concluent encore le texte avec des interrogations
“la traçabilité […] aura-t-elle définitivement cantonné l’utilisation
d’OGM à des filières marginales et intégrées?” Cela semble le grand
souci. En gras est indiqué qu’il ne faudra pas “hésiter à réformer la
réglementation qui n’aura pas correctement fonctionné”. Mais selon
quels critères? Et “il n’y a aucune raison objective de prolonger un
moratoire”. Plaidoyer vibrant de vingt trois pages sans aucune référence scientifique du tout qui soit citée, cela est absolument à souligner.

Chapitre 5 – Les plantes transgéniques: les pays en développement.

Il s’agit là d’une argumentation pour un “accroissement des efforts
publics pour créer des variétés transgéniques qui profiteront aux
producteurs pauvres des pays en développement”. Il n’y a pas d’analyse
de données expérimentales, mais un débat d’idées.

Chapitre 6
– Les levures transgéniques: outils pour l’agroalimentaire, l’industrie
chimique et la pharmacie.

Ce chapitre un peu parallèle, est très
descriptif et assez fondamental. Il conclut “ la crainte d’un boycott
par les consommateurs des aliments ou des boissons préparés avec des
levures GM a jusqu’ici dissuadé les industriels de commercialiser de
tels produits…”. Pas d’analyse scientifique des risques sur des données
expérimentales, mais en revanche, toujours des recommandations qui
semblent avoir été systématiquement demandées aux auteurs, choisis pour
leur idées et non leurs travaux. Evidemment, on plaide pour une école
“la génétique […] doit faire l’objet d’une attention particulière et
être encouragée…”.

4 – Conclusion

En résumé, un seul chapitre pouvait apporter un éclairage sur l’analyse
des risques sanitaires des OGM aujourd’hui commercialisés, selon la
structure du rapport de l’Académie des Sciences. On peut déplorer que
ce dernier passage ne présente aucune étude toxicologique réalisée avec
des OGM existants. Aucune synthèse ou bilan à ce niveau non plus n’a
été réalisée, et aucune référence scientifique n’est citée. Seul un
exposé plus précis des détails permettrait de bien faire remarquer que
l’impact sur l’environnement et la santé est scientifiquement absent de
chaque chapitre, ou pire réduit à des questions banales escamotant les
problèmes fondamentaux. Tout cela pourrait être considéré non seulement
pas digne de l’Académie des Sciences, mais pas digne de la science tout
court. En conséquence, conclure à partir de ce rapport sur la sécurité
sanitaire des OGM commercialisés relèverait de l’incompréhension du
sujet ou de la mauvaise foi.

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