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Analyse du Rapport FAO par Jean-Paul GUYOMARC'H

Vendredi 4 Avril 2008

De deux choses l'une :


1. Ou la direction de la FAO a perdu compltement la tte et ses experts ont succomb une crise de passisme aigu ou bien ils ont t soudoys par une puissance occulte qui cherche dtruire les fondements de la socit occidentale, moderne, progressiste et civilise. Dans ce cas, il semble extrmement urgent que les tats membres cessent immdiatement de financer cette institution internationale dont les ramifications s'tendent sur toute la plante et qui risquent de dstabiliser le monde civilis. En effet, la FAO, ou Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, est une organisation reprsentant 189 tats membres (plus la Communaut Europenne) : elle est finance par les contributions de ses membres et elle emploie 3600 personnes sur toute la plante.


2. Ou bien la FAO a totalement raison. Et cette possibilit donne froid dans le dos car elle implique que depuis 60 annes, les multinationales de l'agro-chimie avec la complicit de certaines administrations corrompues au sein des tats, ont dlibrment menti et ravag la sphre plantaire en promouvant une agriculture hautement toxique qui a :


- empoisonn l'humanit et les animaux domestiques avec des milliers de pesticides.

- empoisonn les nappes phratiques et les cours d'eau.

- dtruit la quasi-totalit de la biodiversit alimentaire.

- produit une alimentation exempte de substances nutritives.

- instaur une inscurit alimentaire gnralise, en particulier dans les pays pauvres.

- dtruit la petite paysannerie.

- dtruit les forts tropicales pour installer des monocultures.

- provoqu une rosion irrversible et des processus de dsertification plantaire.

- puis les ressources en eau.

- libr de trs grandes quantits de CO2 dans l'atmosphre.


Si la FAO a raison, on comprend pourquoi le prsident de l'Acadmie Nationale des Sciences, Roger Heim, dclara en 1963, dans sa prface la traduction franaise de l'ouvrage de Rachel Carson "Le Printemps Silencieux": On arrte les "gangsters", on tire sur les auteurs de"hold-up", on guillotine les assassins, on fusille les despotes - ou prtendus tels - mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthse livre leurs profits et leurs imprudences ?


Qui mettra en prison les empoisonneurs publics?


En attendant de trouver une rponse, que nous esprons rapide, cette question essentielle, faisons le point sur les dclarations de la FAO qui constituent une vritable dclaration de guerre l'agrochimie.


Selon cette institution vnrable, les avantages de l'Agriculture Biologique sont innombrables. En effet, cette forme d'agriculture respectueuse de l'environnement permet :


- de nourrir toute la plante avec des aliments sains, hautement nutritifs et exempts de poisons.


- d'conomiser les rserves en eau.


- de limiter l'rosion des sols et de permettre une percolation totale des eaux de pluie.


- de prserver la biodiversit alimentaire en gardant prcieusement les varits traditionnelles qui sont plus rsilientes et donc plus capables de s'adapter aux bouleversements climatiques.


- de gnrer des circuits courts et de promouvoir la scurit alimentaire.


- de sauvegarder la petite paysannerie traditionnelle.


- de rgnrer l'agro-forestrie traditionnelle.


- de lutter contre le rchauffement climatique en supprimant les fertilisants chimiques et les pesticides et en fixant le carbone dans le sol de par sa teneur augmente en matire organique.


- etc.


L'agriculture va tre un des secteurs les plus fragiliss par desbouleversements climatiques drastiques alors que les glaciers fondent, que les tempratures montent, que certains ocans ne peuvent plus absorber le CO2 et que les rserves alimentaires de la plante sont au plus bas suite des scheresses rptes, une pnurie gnralise en eau douce et la promotion des ncro-carburants.


Quelle est la responsabilit de l'agriculture conventionnelle moderne dans la problmatique du rchauffement climatique ?


Selon l'agronome Claude Bourguignon, "par le gaz carbonique qu'elle rejette, l'agriculture intensive contribue pour un tiers au rchauffement de la plante."


Selon Jean-Marc Jancovici, "si l'on tient compte de tous les gaz effet de serre pris en compte dans les ngociations internationales, et pas seulement du CO2, alors la rpartition change : c'est l'agriculture qui arrive en tte ! ( avec 26 %). Cela est notamment d aux missions de gaz dits mineurs (CH4, N2O) qui sont respectivement dus l'levage bovin et l'utilisation des engrais".


Certains spcialistes des sols considrent que la perte d'1% de matire organique dans le sol quivaut une libration de 20 tonnes de dioxyde de carbone, ou CO2, par hectare. Ainsi, la perte de matire organique dans les grandes plaines des USA a-t-elle gnre plus de CO2 que toutes lesautomobiles produites dans ce pays !


Selon le Professeur Pimentel de l'Universit de Cornell aux USA (un spcialiste de l'rosion de sols), l'agriculture intensive US libre tous les ans 420 millions de tonnes de CO2 (sur les 6 milliards de tonnes libres annuellement dans le pays).


Selon le CITEPA en France, l'agriculture et la sylviculture seraient responsables hauteur de 16% des 534 millions de tonnes de CO2 libres dans l'atmosphre en 2005, savoir 86 millions de tonnes de CO2.


Non seulement les sols de l'agriculture intensive ne peuvent-ils plus stocker le CO2 mais, en plus, ils en sont une source considrable.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils sont morts. Selon l'agronome Claude Bourguignon : "Sur l'ensemble de l'Europe, environ 90% de l'activit biologique des sols cultivs a t dtruite par l'agriculture intensive.

Je dis bien : dtruite. Les zones les plus ravages sont l'arboriculture et la vigne. Or l'activit biologique des sols est indispensable pour l'cosystme. Le sol est une matire vivante : sur trente centimtres d'paisseur, il concentre 80 % des tres vivants de la plante. Les vers de terre, eux seuls, psent plus lourd que tous les autres animaux du monde runis. Mais les sols abritent aussi des bactries, des champignons et une myriade d'organismes qui se nourrissent de la matire organique. Or en Europe, le taux de matire organique du sol est pass de 4% 1,4% encinquante ans.


En France, 60 % des sols sont frapps d'rosion. Actuellement, nous perdons en moyenne quarante tonnes de sol par hectare et par an. En fait, certains sols betteraviers en France, par exemple, perdent 100 tonnes de sol par hectare et par an. Cela signifie qu'il faut 2000 ans pour rparer 20 annes d'agriculture intensive betteravire si on laisse la nature reprendre ses droits.


L'agriculture intensive moderne est gnratrice de cancers, de dsertification et de rchauffement climatique.


L'Agriculture Biologique offre-t-elle rellement la possibilit de rduire le rchauffement climatique?


Il faut se tourner vers les USA et le Rodale Research Center au cœur de la Pennsylvanie pour obtenir une rponse taye scientifiquement cette question. Le Rodale Research Center a mis en place en 1981 une exprimentation portant sur 3 terrains cultivs le premier en agriculture conventionnelle chimique, le second en agriculture biologique avec lgumineuses et le troisime en agriculture biologique avec fumier. Il a publi ses premiers rsultats au bout de 23 ans en 2003 :


- aucune augmentation de carbone dans le sol du terrain en agriculture chimique.


- une augmentation de carbone variant de 15 28 % dans les deux autres terrains, la plus grande augmentation tant obtenue avec le fumier.


Le Rodale Research Center en dduit la capacit de fixer par anne et par hectare 3,7 tonnes de CO2. Et ce sans prendre en considration les rductions en missions de CO2 dues aux besoins nergtiques infrieurs de l'agriculture biologique que le Professeur David Pimentel estime 63% des besoins nergtiques de l'agriculture chimique.


Selon ces calculs, si la totalit de la surface agricole US ( savoir 200 millions d'hectares) tait reconvertie l'agriculture biologique, cela annulerait les missions de CO2 de 158 millions d'automobiles US chaque anne.


La surface agricole franaise s'tend sur 33 millions d'hectares ( savoir 60 % du territoire), dont 62 % sont occups par des terres arables et plus du tiers par des superficies toujours en herbe.


Pour la France, selon ces mmes donnes, la reconversion l'agriculture biologique des 20 millions d'hectares de terre arable gnreraient une fixation de l'ordre de 74 millions de tonnes de CO2 alors que l'agriculture conventionnelle et la sylviculture sont crdites actuellement d'une mission de 86 millions de tonnes de CO2.


La British Royal Society a estim que le 1,2 milliard d'hectares de terre arable de la plante pouvait squestrer de 6,1 10,1 milliards de tonnes de CO2, condition bien sr de pratiquer des formes d'agriculture durable.


L'crivain agricole Australien Grame Sait estime que "si nous pouvions accrotre de 1,6 % la matire organique sur les 8,5 % de la surface plantaire qui est cultive, nous pourrions squestrer sans problme les 100 ppm supplmentaires de CO2 que l'humanit a librs dans l'atmosphre."


Quant au second gaz effet de serre, le protoxyde d'azote ou N2O, nous n'avons pas d'tudes prcises permettant de chiffrer sa rduction par une reconversion l'agriculture biologique. Rappelons que ce gaz est gnr par l'pandage et le processus de dgradation dans les sols des engrais azots ainsi que par le tassement des sols li un travail du sol intense.


Quant au troisme gaz effet de serre, le mthane, ou CH4, il est gnr par la fermentation entrique des ruminants et les fosses lisier. Nous serions enclins remettre en question la consommation inconsidre de viande dans les pays occidentaux. La consommation de viande, au niveau plantaire, rappelons-le, est passe de 44 millions de tonnes en 1950 265 millions de tonnes en 2005. Et cette tendance ne fait que s'amplifier.


Rappelons galement qu'il faut, en agriculture intensive, prs de 100 000 litres d'eau pour produire 1 kilo de viande de boeuf et que l'Amrique latine est ruine par la culture du soja transgnique pour produire de la viande consomme par les nantis de la plante.


En conclusion, s'il est vrai que le CO2 n'est pas le seul gaz effet de serre imputable l'agriculture intensive, il reste que sa squestration par l'agriculture biologique permet non seulement de limiter le rchauffement climatique mais accrot aussi de faon incroyable la fertilit des sols. Nous ne pouvons pas dvelopper cet aspect dans le cadre limit de cet article mais nous pouvons d'ores et dj renvoyer le lecteur une technique amazonienne connue sous le nom de Terra Preta, que l'antenne de Kokopelli a pu exprimenter dans le sud de l'Inde avec des rsultats spectaculaires et qui permet le plus de "squestrer" le carbone sur de trs longues priodes de temps.


On ne peut que remercier la FAO pour ses prises de position radicales quant la ncessit de reconvertir l'agriculture des pratiques cologiques. Il est vrai qu'il lui a fallu quelques dizaines d'annes pour en arriver cette conclusion !


Les documents de travail que la FAO vient de publier lors de son congrs international de mai 2007 sur l'Agriculture biologique constituent une base de travail excellente pour toute institution dsireuse sincrement de mettre en place une agriculture durable.


Nous ne doutons pas que le gouvernement de Messieurs Sarkozy-Jupp, dans le cadre de sa rvolution cologique, va se saisir de cette occasion unique pour interdire de suite tous les pesticides, toutes les chimres gntiques, tous les fertilisants de synthse et promouvoir la reconversion de la totalit de la surface cultive franaise des pratiques d'agriculture biologique.


Et pourquoi pas de promouvoir la protection de la biodiversit alimentaire, ce qui permettrait l'Association Kokopelli de respirer un peu et de ne plus tre harcele de procs rptition parce qu'elle distribue des varits anciennes non inscrites sur le catalogue national.