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"Les populations citadines ne sont pas suffisamment protégées de la contamination mercurielle par consommation de poissons" par le Pr Jean-Paul Bourdineaud

Lundi 18 Mai 2015

/user/image/communiquePicture_820671.pngLe méthylmercure (meHg) est la forme la plus toxique du mercure, affectant le système nerveux, et passant aisément la barrière placentaire. La principale source d’exposition humaine est la consommation de poissons contaminés. Les populations grandes consommatrices de poissons ou de mammifères marins (dont la chair est riche en meHg), subissent les effets délétères de l’exposition chronique au meHg, comme l’ont montré des études épidémiologiques aux Seychelles, aux îles Féroé, en Arctique, et dans le bassin amazonien, dont la Guyane française (où la chaîne alimentaire est elle-même contaminée par l’activité d’orpaillage).

 

En opposition avec le préjugé selon lequel seules les populations amérindiennes sont à risque en termes d’imprégnation mercurielle, alors que les citadines en seraient épargnées, l’équipe du Pr Jean-Paul Bourdineaud de l’Université de Bordeaux, membre du conseil scientifique du CRIIGEN, a conduit une enquête épidémiologique, publiée dans la revue Environmental Science and Pollution Research "Mercurial exposure of residents of Santarém and Oriximiná cities (Pará, Brazil) through fish consumption" DOI 10.1007/s11356-015-4502-y, portant sur des habitants de centres urbains du bassin amazonien (concernant les villes de Santarém et d’Oriximiná, état du Pará, Brésil), collectant chez des volontaires un questionnaire relatif à leur habitudes alimentaires en termes de consommation de poissons, prélevant un échantillon de cheveux afin d’y doser le mercure (les cheveux représentant un excellent marqueur biologique de la contamination mercurielle par voie alimentaire), et achetant sur des marchés locaux les espèces de poissons déclarées les plus consommées, afin d’y doser leur contenu en mercure. Des outils mathématiques originaux et spécifiquement développés pour cette étude ont permis de cerner les risques encourus par ces populations.

 

Les résultats montrent, entre autres : a/ une imprégnation mercurielle des habitants directement fonction de la quantité de poissons consommée, celle des femmes étant en moyenne de 1,5 ug(*) de mercure par gramme de cheveux (4,3 ug/g chez les 5 % des femmes les plus contaminées) ; b/ une probabilité de 30 % pour les femmes en âge de procréer de présenter une concentration de mercure dans les cheveux au dessus de 1 ug/g. En quoi cela nous renseigne-t-il sur les risques subis par les populations occidentales ? Les niveaux de mercure dans les cheveux des citadins de Santarém et d’Oriximiná sont semblables à ceux des populations occidentales connues pour consommer régulièrement du poisson, et sont associés à des troubles de santé : ainsi en Espagne, des enfants dont la concentration moyenne en mercure était comparable  présentaient une chute des scores aux tests cognitifs, de mémoire et verbaux. Au Massachusetts, les enfants âgés de six mois dont les mères présentaient un niveau comparable étaient affligés d’un score nettement abaissé de mémorisation par reconnaissance visuel


Appel d’urgence à reconsidérer les normes d’exposition de la population au  mercure : L’apport limite recommandé en mercure alimentaire est appelé dose hebdomadaire tolérable provisoire (DHTP). Celle émise par l’US EPA en 2001 (l’agence de protection environnementale des États-Unis) est la plus restrictive et est égale à 0,7 ug de meHg par kg de masse corporelle et par semaine (0,7 ug/kg mc/sem). Une alimentation dont la dose en mercure égale cette valeur résulte en une concentration en mercure dans les cheveux égale à 1 ug/g, laquelle peut être atteinte par certains individus de nos sociétés occidentales avec les effets que l’on a décrits chez les enfants.

 

La commission européenne jugeait cette norme appropriée pour l’Europe. En 2003, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a adopté une DHTP pour le meHg de 1,6 ug meHg/kg mc/sem, alors que l'agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) estimait en 2004 qu’il n'apparaissait pas fondé de remettre en cause, pour la population générale, la DHTP de 3,3 ug/kg mc/sem formulée en 2002. Curieusement, l’avis de l’Afssa ne mentionne ni la norme états-unienne ni la recommandation européenne. Nous appelons à reconsidérer la norme d’exposition de la population au meHg : nous proposons que la norme la plus protectrice actuellement en vigueur bénéficie à la population et devienne valeur universelle, et donc que la DHTP états-unienne soit adoptée en France.

 

 

* : Le microgramme (ug) est une unité de masse égale au millième du milligramme.



Contact : Pr Jean-Paul BOURDINEAUD - Tél : 06 34 10 79 32

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