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Réponse à la mise en cause du CRII GEN par Le Déaut : Mai 2005

Jeudi 11 Janvier 2007

 

Rapport du Pr. Séralini suite à son audition à l'Assemblée Nationale le 23 mars 2005 , invité par le Président de la Mission OGM, Jean-Yves Le Déaut.


1) Les méthodes de dosages des OGM sont précisées et rendues disponibles par les entreprises à des laboratoires indépendants, au moment de leur commercialisation seulement (partie C, dossiers de demande). Les expérimentations en plein champ n'ont donc pas de suivi spécifique et précis, donc de traçabilité, d'autant que de nombreux OGM différents (évènements de transformation) peuvent être triés dans un même champ. Cela est d'autant plus grave pour les plantes sensées contenir un ou des insecticides, ou bien par exemple des matières actives de médicaments. Ces plantes OGM expérimentales ont pu provoquer des contaminations de l'agriculture ou du milieu et ceci sans suivi possible, depuis au moins deux décennies en France, et ce point doit être résolu à l'avenir.

2) Il y a bien eu des essais implantés de vigne transgénique par l'INRA en France, contrairement à ce que vous m'avez affirmé, par exemple en 2001 (site ogm.gouv.fr).

3) Il est clairement ressorti de notre discussion que les tests de sécurité sanitaire pour les OGM qui produisent ou contiennent des nouveaux métabolites de pesticides (l'essentiel des OGM évalués selon la directive CEE 2001/18) sont bien inférieurs aux tests réglementaires des pesticides chimiques eux-mêmes (directive 91/414), sans aucune justification scientifique ni logique. Ces OGM ou ces pesticides entrent dans l'alimentation des rats par exemple, pour certains tests. Cela est grave et je le répète et le publie depuis des années. Ce laxisme de l'évaluation toxicologique ne peut à mon sens être excusé.

4) Les premiers tests nourrissant des rats de laboratoire pendant 90 jours avec des OGM commercialisés (tests non encore obligatoires, mais obtenus pour plusieurs OGM après insistance auprès de la Société Monsanto) ont montré des effets statistiquement significatifs par rapport au groupe témoin (constitué d'un même nombre de rats, mais consommant une alimentation à base de maïs génétiquement très proche, cependant non OGM). Ces effets sont notables, pour plusieurs OGM différents, sur le métabolisme sanguin et les organes de détoxification (foie, reins). Cela ne m'apparaît pas étonnant puisque ces OGM contiennent des pesticides mal étudiés sur la santé. Au lieu d'être recommencés et prolongés pour comprendre ce qui se passe, ces tests et leurs résultats ont été occultés (manque de transparence) et banalisés par la Société concernée et certains experts. Cela est grave et je demande à votre Mission d'examiner et de publier ces tests afin que la communauté scientifique puisse être consultée.

5) Des commentaires signés M. Fellous et coll. m'ont été transmis en séance le 23 mars dernier, sur mon travail sur la toxicité du Roundup, qui vient d'être publié dans une revue internationale à comité de lecture de bon niveau, Environmental Health Perspectives. M. Fellous est Président de la CGB dont je critique les méthodes dans ce dossier - le choix des rapporteurs sur ce point ne pouvait donc être plus partial. De plus, le premier auteur de ce rapport n'est ni un endocrinologue ni un toxicologue, et ses critiques ne peuvent en aucun cas valoir ni celles du comité éditorial international de la Revue, ni les rapporteurs de celle-ci qui ont accepté la publication. Je ne comprends donc que peu cette manoeuvre d'un genre nouveau que vous stimulez. La science ne peut être réductible à ces pratiques.

6) Par ailleurs, ces commentaires auxquels je n'ai pu réagir en séance sont truffés d'erreurs ou d'incompréhensions, comme on pouvait s'y attendre. Le résumé en gras de mes travaux commence par évoquer " un nouveau danger ", terme que je n'ai jamais employé dans ma publication. Deuxièmement, une des lignées cellulaires que j'utilise est bien issue d'un choriocarcinome de placenta humain, ce qui en fait a priori des cellules plus résistantes que des cultures primaires, et possiblement à une sous-estimation de l'effet observé plutôt que le contraire. D'autre part, les premiers effets néfastes sont observés à une dilution de 10.000 du produit Roundup en 1 heure, et non à une dilution de 100, ce qui jette la suspicion sur les calculs effectués dans ces pages que vous m'avez transmises. De plus, les chiffres théoriques amenés par M. Fellous et collaborateurs sur la toxicité du glyphosate n'ont aucune réalité pour le calcul du danger d'exposition au produit Roundup, puisque celui-ci est commercialisé avec des synergisants de formulation qui amplifient grandement les effets du glyphosate, et différemment selon le modèle et le temps d'exposition, comme je l'ai montré avec d'autres auteurs cités en références dans ma publication. Ensuite, j'ai conclu dans ce travail à un effet " perturbateur endocrinien potentiel ", ce qui correspond totalement à la dernière définition donnée en note 11. Enfin, à l'évidence, les travaux de la Commission d'Etude de la Toxicité des Produits Antiparasitaires à Usage Agricole pour l'évaluation du danger du Roundup qui s'appuient sur le métabolisme du glyphosate, non administré avec ses adjuvants de formulation, doivent complètement être revus.

7) Enfin, Monsieur le Président de la Mission LE DEAUT, et Monsieur le Rapporteur Christian MENARD, je ne comprends pas que vous ayez pu écrire à mon sujet, le 16 mars 2005, avant de m'auditionner, au Président de l'Assemblée Nationale, aux Membres de la Mission et aux Présidents des groupes politiques. Cette pratique me semble malencontreuse. Vous avez écrit à propos de mon point de vue " on peut craindre qu'il est peu propice au débat contradictoire ", ce que je réfute totalement. Encore une fois, une manoeuvre pour décrédibiliser ma personne ou mes travaux avant de m'auditionner ne m'apparaît pas une pratique honnête, et ne donne pas une haute opinion de votre politique.