Support Séralini Team for GMO Risk Research - CRIIGEN
Soutenir le CRIIGEN

Avis de l'académie de médecine : impact des OGM sur la santé : Avril 2003

Jeudi 11 Janvier 2007

 

1 - Objectifs

Le document suivant correspond à un rapport d’analyse, en toute indépendance des producteurs d’OGM, des documents essentiels sur lesquels se sont fondés les Académies françaises des Sciences et de Médecine pour émettre leurs avis sur les OGM disséminés dans l’environnement. Etant donné la compétence des membres de ces institutions dans les domaines de la biologie et de la santé et la nature de leurs communiqués à ce sujet, l’objectif de ce document n’est pas de discuter l’impact économique avéré, potentiel ou espéré des OGM, ni d’entrer dans un débat contradictoire. Il se focalisera essentiellement sur la nature des documents publiés ayant servi aux Académies à se prononcer sur les effets ou non des OGM sur la santé et l’environnement, et en particulier des plantes génétiquement modifiées à usage alimentaire.

 

2 - Documents

Les Académies ont organisé rencontres, réunions et communications pour forger leurs avis. Les conférenciers invités qui s’y sont exprimés et les membres du groupe de travail qui ont préparé l’avis ont été au nombre de douze pour l’Académie des Sciences, dont sept ne sont pas membres ni correspondants des Académies, comprenant le représentant de l’industrie semencière Limagrain. L’Académie des Sciences est la seule à avoir publié un rapport scientifique sur son avis, l’Académie de Médecine nous ayant indiqué qu’elle avait publié un communiqué et non un rapport. Quelques articles de même teneur que ceux de l’Académie des Sciences sont disponibles sur Internet et dans le Bulletin de l’Académie de Médecine dans sa séance du 26 novembre 2002. Sur des critères strictement scientifiques, les arguments d’autorité ou généraux non étayés ont été dans un premier temps écartés afin de ne pas entrer dans un débat de manière unilatérale. Nous aurons pour principe dans cette analyse de prendre en compte les arguments appuyés par des références scientifiques dûment validées par des pairs dans des revues internationales à comité de lecture, le cas échéant. Le rapport de l’Académie des Sciences sur le sujet est publié par son comité dit “RST” (Rapport Science et Technologie) de vingt quatre membres ou correspondants. Il est disponible dans un ouvrage (Editions Tec et Doc, Lavoisier, 2002: “Les Plantes Génétiquement Modifiées”). Son résumé indique clairement “Toutes les critiques formulées contre les OGM peuvent être en grande partie écartées sur des critères strictement scientifiques”. Nous étudierons donc ces critères scientifiquement.

 

3 - Analyse

Mise à part les recommandations générales et spécifiques soulignant la philosophie de l’Académie sur le sujet et sa vision stratégique, et en sus de l’introduction de mise en contexte servant de présentation, le cœur de l’ouvrage est constitué de six chapitres. Des interventions d’un groupe de lecture critique suivent, ce qui est un procédé original. L’intervention du Muséum d’Histoire Naturelle apporte à cet égard une vision riche et documentée de références sur les risques écologiques. Les autres interventions sont des avis personnels et souvent économiques majoritairement sans références bibliographiques. Les six chapitres vus comme documentation centrale sont détaillés ci-après:

 

Chapitre 1 - La transgenèse végétale, de l’ADN aux protéines.

Il porte sur les techniques et les principes qui permettent de réaliser des OGM. Oscillant entre généralités scientifiques de base sur l’ADN et caricatures pas toujours vraies, comme le savent les biologistes: “le nombre de chromosomes dans le noyau est fixe pour un organisme donné” ou “la grille de correspondance entre les triplets (appelés “codons”) et les acides aminés est universellement conservée” ou encore “une modification génétique concernant le plaste ne peut pas être propagée par le gamète mâle via le pollen”. On trouve aussi des phrases du type: “les organismes sont constitués de différents organes”. Cet article de niveau secondaire qui se veut plutôt grand public n’entre pas dans la discussion des OGM et n’analyse aucune donnée à leur égard.

Chapitre 2 - Les plantes transgéniques et la recherche fondamentale: la science et la société.

Cet article correspond à la réflexion sociologique d’un biologiste préoccupé par “l’heuristique de la peur” qu’il imagine chez les opposants aux OGM. Dans tout l’article, l’amalgame est entretenu entre l’éventuelle réprobation de la recherche fondamentale, et la réprobation de l’utilisation industrielle des OGM dans l’environnement et l’économie de l’agriculture. Des recommandations ponctuent la conclusion de ce long essai sur la nécessité du financement de la recherche et d’une meilleure communication. Il s’agit d’un manifeste plutôt militant sur des perceptions d’idées avec des paragraphes intitulés “les chercheurs face à eux-mêmes, à la société, à la violence, aux impératifs économiques…”. De ce fait , ce chapitre n’a rien d’une analyse sur la sécurité, en particulier sanitaire, des OGM.

Chapitre 3 - La transgenèse végétale en agriculture.

Ceci est un chapitre d’histoire agronomique à la faveur des OGM, lesquels s’inscrivent selon les auteurs dans l’agriculture durable, par argument d’autorité non justifié. Les OGM promis dans le futur sont ceux qui sont décrits dans les différents livres blancs déjà publiés par les industriels. La seule figure à base de données chiffrées de l’article décrit la position de la France en matière de brevets ayant pour support une cellule végétale. Encore une fois, la plaidoirie est économique, ce qui est étrange, pour un document de base de l’Académie des Sciences de la vie. Et les recommandations de conclusion ne manquent pas: il convient de “réagir face à la fragilisation de la recherche”, et l’on demande “une nécessaire évolution de la réglementation”, surtout afin de ne plus distinguer les plantes transgéniques des autres, et encore “L’écoute des organismes internationaux: il n’y a pas d’accord international sur la nécessité d’étiquetage”. Les positions philosophiques peuvent faire réfléchir, mais toujours aucune étude avec analyse de données.

Chapitre 4 - Les plantes transgéniques: les risques et la réglementation.

Enfin avec ce titre de chapitre on pourrait attendre une étude des risques, d’autant que l’auteur a siégé aux côtés d’Axel Kahn à la CGB pour autoriser les premiers maïs OGM avec des gènes de résistance aux antibiotiques, et fait encore partie de la CGB qui évalue les risques des OGM, et non de l’Académie des Sciences ou de Médecine. C’est également le même auteur qui co signe une synthèse de ce texte pour l’Académie de Médecine, avec le secrétaire de la CGB pour l’administration. Une introduction commence par décrire les réductions de pesticides aux Etats Unis sans aucune référence scientifique. Très vite, on passe dans les projections promises par les industriels sans qu’ils soient nommément cités: “les données issues d’outre-Atlantique” est la seule indication, on ne peut plus vague, sur la source des chiffres évoqués, et des extrapolations à l’Europe font écrire “20,5 millions de litres de carburant de moins seraient consommés” si l’on cultivait 50% de certains OGM. Le raccourci de raisonnement est saisissant pour une publication scientifique qui se rapproche dans la méthode des publicités télévisuelles. Cet outil pour convaincre est novateur pour l’Académie des Sciences. On entre ensuite dans une longue liste réglementaire qui reprend grosso modo la directive européenne des risques à analyser, ou parfois des bénéfices à percevoir, avec le chiffrage des seuls bénéfices sur des considérations et non des résultats d’études. Les arguments d’autorité sont utilisés, parfois assez étranges et toujours sans référence scientifique: “l’utilisation de papayers résistants à ce virus a permis de rétablir la situation” ou “le système terminator (stérilisant les plantes) consistait à prévenir la dissémination des transgènes dans l’environnement”. Ou encore sur une protéine allergène du riz on trouve simplement comme argument dans le paragraphe intitulé “allergénicité”: “une équipe de chercheurs aurait pu obtenir l’inactivation du gène” sans autre détail ni référence. Nous ne reviendrons pas sur les généralités caricaturales du type: “notre métabolisme dégrade l’ADN consommé en nucléotides, chimiquement identiques dans tout le monde vivant”, en oubliant que chaque repas correspond à une digestion partielle des substances ingérées. Souvent aujourd’hui, les journaux quotidiens deviennent donc plus précis dans leurs descriptions que certains articles de base de l’Académie des Sciences sur le sujet. On trouve aussi des généralités étranges à formulation très discutable: “l’ADN étant une molécule universelle, son origine n’a en soi aucun impact sur son rôle ni sa faculté à se répliquer et se transmettre” ou des évidences “l’évaluation des risques est la clé de voûte de la réglementation”. Des “Recommandations” concluent encore le texte avec des interrogations “la traçabilité […] aura-t-elle définitivement cantonné l’utilisation d’OGM à des filières marginales et intégrées?” Cela semble le grand souci. En gras est indiqué qu’il ne faudra pas “hésiter à réformer la réglementation qui n’aura pas correctement fonctionné”. Mais selon quels critères? Et “il n’y a aucune raison objective de prolonger un moratoire”. Plaidoyer vibrant de vingt trois pages sans aucune référence scientifique du tout qui soit citée, cela est absolument à souligner.

Chapitre 5 - Les plantes transgéniques: les pays en développement.

Il s’agit là d’une argumentation pour un “accroissement des efforts publics pour créer des variétés transgéniques qui profiteront aux producteurs pauvres des pays en développement”. Il n’y a pas d’analyse de données expérimentales, mais un débat d’idées.

Chapitre 6 - Les levures transgéniques: outils pour l’agroalimentaire, l’industrie chimique et la pharmacie.

Ce chapitre un peu parallèle, est très descriptif et assez fondamental. Il conclut “ la crainte d’un boycott par les consommateurs des aliments ou des boissons préparés avec des levures GM a jusqu’ici dissuadé les industriels de commercialiser de tels produits…”. Pas d’analyse scientifique des risques sur des données expérimentales, mais en revanche, toujours des recommandations qui semblent avoir été systématiquement demandées aux auteurs, choisis pour leur idées et non leurs travaux. Evidemment, on plaide pour une école “la génétique […] doit faire l’objet d’une attention particulière et être encouragée…”.

 

4 - Conclusion

En résumé, un seul chapitre pouvait apporter un éclairage sur l’analyse des risques sanitaires des OGM aujourd’hui commercialisés, selon la structure du rapport de l’Académie des Sciences. On peut déplorer que ce dernier passage ne présente aucune étude toxicologique réalisée avec des OGM existants. Aucune synthèse ou bilan à ce niveau non plus n’a été réalisée, et aucune référence scientifique n’est citée. Seul un exposé plus précis des détails permettrait de bien faire remarquer que l’impact sur l’environnement et la santé est scientifiquement absent de chaque chapitre, ou pire réduit à des questions banales escamotant les problèmes fondamentaux. Tout cela pourrait être considéré non seulement pas digne de l’Académie des Sciences, mais pas digne de la science tout court. En conséquence, conclure à partir de ce rapport sur la sécurité sanitaire des OGM commercialisés relèverait de l’incompréhension du sujet ou de la mauvaise foi.