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Glyphosate : les illisibles données de l'EFSA

 

Les données récemment divulguées par l’EFSA pour justifier de l’innocuité du glyphosate et appeler à ré-autoriser sa mise sur le marché génèrent encore plus de troubles qu’elles n’aident la recherche indépendante à vérifier la prétendue absence de cancérogénicité du désherbant.


Un pas en avant, trois pas en arrière… L’EFSA semblait avoir fait un geste dans le bon sens en dévoilant à l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO) une partie des données sur lesquelles l’agence de sûreté alimentaire européenne s’est basée pour conclure à l’absence de risque sanitaire du glyphosate, lors d’une évaluation livrée en décembre dernier. Mais après analyse des documents, cela ressemble finalement davantage à un cadeau empoisonné…

 

Un petit rappel des faits s’impose. Le glyphosate1, principe actif déclaré du principal herbicide utilisé, fait polémique. Les uns, comme l’EFSA ou d’autres agences de sécurité alimentaire nationales n’y voient aucun danger, alors que le Circ (Centre international de recherche sur le cancer), dépendant de l’OMS, le classe parmi les cancérigènes probables. Des résultats différents qui pourraient bien s’expliquer par des sources différentes. Alors que les instances nationales se basent sur les données qui leur sont fournies par les 23 compagnies formant la Glyphosate Task Force, le Circ s’appuie sur des travaux réalisés de manière indépendante.

 

Un petit coup de pouce, de gros travaux


C’est pourquoi, à la suite d’une initiative citoyenne signée par 700.000 Européens appelant à ce que « l’évaluation scientifique des pesticides pour l’approbation au sein de l’EU se base uniquement sur des études publiées, commissionnée par des autorités publiques compétentes plutôt que l’industrie du pesticide », l’EFSA a divulgué les éléments de trois des recherches importantes qui ont servi à élaborer son avis. L’ONG CEO, qui vise à lutter contre la toute-puissance des lobbys, a donc hérité des données, sous forme d’un CD-ROM contenant 100.000 pages, qui devait, selon l’instance européenne, fournir « les informations […] suffisantes pour permettre à un tiers scientifique de scruter l’évaluation du glyphosate menée par l’EFSA et les États membres de l’UE ». Mais cela n’est pas vraiment le cas.

 

Pourquoi ? Les raisons sont diverses. D’abord, ces données brutes sont fournies à travers un fichier au format pdf, qui ne permet pas le traitement ni l’export vers un autre logiciel des résultats. D’autre part, les sections les plus importantes, concernant la méthodologie, les résultats et les conclusions, ont été retirées « dans le but de protéger les investissements économiques des propriétaires de l’étude ». Enfin, quiconque souhaiterait réutiliser ces résultats serait passible d’un procès lancé par l’industrie agrochimique et risquerait gros. Bref, une façon de faire assez similaire au Glyphosate Task Force qui avait « généreusement » ouvert une salle de lecture pour les députés européens jusqu’en octobre 2016 permettant de venir consulter les données, sans pouvoir ni prendre de notes, ni faire des copies…

 

Dans ces conditions, réaliser une contre-expertise directement à partir des données fournies par l’EFSA demanderait un titanesque travail de fourmi. Qui serait prêt à mettre les moyens nécessaires ?

 

Depuis sa création, le CRIIGEN demande la transparence des données brutes pour une expertise indépendante et contradictoire, l’éviction de tous les membres des agences d’évaluation présentant des conflits d’intérêt, et l’engagement de la responsabilité des experts.

 

1 Ici ciblé, il est important de préciser que le glyphosate, servant de principe actif, est toujours épandu avec des adjuvants jugés inertes par l’industrie et les agences, alors que des études scientifiques ont prouvé leur toxicité, parfois supérieure à celle du glyphosate lui-même.