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Les OGM du futur seront-ils plus imprévisibles ?

Une technique scientifique nouvelle de manipulation du génome, jugée révolutionnaire, appelée CRISPR-Cas9, s’accompagnerait de nombreuses mutations indésirables, dont les conséquences demeurent bien sûr impossibles à appréhender.


Après la transgenèse, les techniques de manipulation du génome se succèdent à une vitesse spectaculaire, avec des noms plus barbares les unes que les autres. La plus récente d’entre elles, CRISPR-Cas9, également surnommée “ciseaux génétiques”, est annoncée comme une révolution dans nos vies. Cette technique consiste à réaliser une cassure de l’ADN à — théoriquement — un seul endroit choisi du génome, et de détourner les mécanismes naturels de réparation de la cellule pour introduire une modification génétique à l’endroit en question. Les domaines d’application potentiels sont multiples et concernent aussi bien les végétaux que les animaux et les microorganismes. Elle peut notamment être utilisée directement sur les embryons animaux afin d’obtenir beaucoup plus facilement des animaux génétiquement modifiés.


Cette technique, pour laquelle nous n’avons bien sûr absolument aucun recul, est l’objet de tous les fantasmes et de toutes les promesses, que ce soit dans le domaine agricole avec la prétendue amélioration des plantes, ou dans le domaine médical pour résoudre les maladies génétiques contre lesquelles on attend encore que se réalisent concrètement les “miracles” de la thérapie génique vantés depuis 30 ans.


Des OGM qui taisent leur nom


L'industrie agro-alimentaire et semencière veut exonérer les produits de cette nouvelle technique de la législation OGM, en considérant les plantes qui en seront issues comme conventionnelles. Les “experts”, tant français qu'européens, tentent de justifier “scientifiquement” cette opération, au prétexte que la technique CRISPR-Cas9 serait plus précise que la transgenèse ou la technique de mutagenèse aléatoire avec laquelle on fabrique également des OGM agricoles, notamment tolérant aux herbicides (essentiellement colzas et tournesols), mais qui échappent à la législation européenne au prétexte qu’ils ne sont pas transgéniques (OGM cachés).


L’argument de la précision s’appuie donc sur le fait que cette nouvelle technique permet d’introduire un transgène à un endroit choisi du génome (transgenèse ciblée) ou de muter une gène précis (mutagenèse dirigée), en partant du principe qu’il n’y aurait donc pas d’effets non désirés (« effets non cibles »).


Des mutations à la pelle


Jusque-là, donc, tous les fantasmes étaient permis, les rêves les plus fous aussi. Sauf qu’une étude récente, prochainement publiée dans la très sérieuse revue Nature Methods, vient de mettre en lumière des effets inattendus de cette approche. En analysant intégralement le génome de deux souris traitées contre la cécité par cette technique, les chercheurs ont détecté, outre la modification du gène d’intérêt, plus de 1 500 mutations non désirées !!! La technique CRISPR-Cas9 est peut-être séduisante sur le papier glacé, mais le vivant n’est pas une feuille A4 ni un quelconque algorithme informatique. La fameuse ultra-précision de CRISPR-Cas9 a donc un sérieux coup dans l’aile.


Le Criigen demande que les autorités françaises œuvrent pour que CRISPR-Cas9 et toutes les autres nouvelles techniques de manipulation du vivant soient reconnues par la législation européenne comme conduisant à des OGM, tant sut le plan technique que juridique. Le Criigen dénonce depuis de nombreuses années la carence et l’opacité d’évaluation des OGM transgéniques ; il s’élève contre la banalisation des nouvelles techniques qui conduirait à la généralisation des OGM cachés, et se traduirait donc par une absence totale d’évaluation sanitaire et environnementale... et de traçabilité.