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Glyphosate : comment le lobbying maltraite le Circ

Les « Monsanto Papers » ont une suite. Dans une longue enquête, le journal Le Monde révèle comment Monsanto et, dans sa foulée, tout le lobbying pro-glyphosate, tentent de faire tomber le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), qui a classé la molécule la plus utilisée au monde comme cancérigène probable en 2015.


Jusqu’il y a un peu plus de deux ans, les instances sanitaires se montraient unanimes : à l’aide de données issues de l’industrie et tenues le plus souvent confidentielles, les agences de sécurité alimentaires nationales voire continentales affirmaient que le glyphosate, principe actif supposé des pesticides les plus utilisés à travers le monde, ne présentaient aucun danger pour l’Homme. Ces herbicides pouvaient donc être utilisés à foison sur les surfaces arables de la planète.

 

Mais le 20 mars 2015, tout a basculé ! Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), branche de l’OMS missionnée pour évaluer la cancérogénicité des différentes substances, propose un avis qui tranche avec les précédents résultats : en réévaluant les études publiées dans la littérature scientifique, l’agence intergouvernementale note le caractère cancérigène chez l’animal du glyphosate, et décide donc de classer la molécule comme  cancérigène probable chez l’Homme.

 

Depuis ce jour, le Circ fait face à un véritable acharnement des lobbyistes du glyphosate, Monsanto en tête, pour le faire couler, comme le révèle une enquête menée par deux journalistes du quotidien Le Monde, Stéphane Foucart et Stéphane Horel (lire ici et ), bien informés sur l’affaire dite des “Monsanto Papers”, consécutive à une obligation, par la justice fédérale américaine, de révéler des données confidentielles de l’entreprise Monsanto.


Les intérêts mercantiles avant la santé


La méthode est brutale : par tous les moyens à leur portée, les défenseurs du glyphosate veulent décrédibiliser le Circ. Et tant pis pour la morale ! Ainsi, au moins 5 personnes se sont fait passer pour des journalistes, des chercheurs ou des avocats pour approcher les chercheurs de l’agence, récupérant alors des données sensibles sur le fonctionnement et les financements du Circ. L’une de ces 5 personnes serait employée par une agence d’intelligence économique.

 

Autre coup bas, révélé par le premier quotidien national français : le lobby du glyphosate aurait tenté de convaincre certains États membres du conseil de gouvernance du Circ à stopper leurs financements, et ainsi, couper les vivres à l’agence. Dans la même veine, des mémos d’avocats auxquels ont eu accès les journalistes montrent que Monsanto & co ont payé des entreprises employant des personnes qui, en apparence ne montrent aucun conflit d’intérêt avec l’industrie agrochimique, pour encenser le glyphosate et son innocuité. Bref, des façons de procéder qui ne relèvent en rien de l’argumentation scientifique, mais qui démontrent que les lobbyistes sont prêts à tout pour vendre leur pesticide, peu importe les conséquences pour l’humanité. Il faut dire que le glyphosate rapporte gros : il est le principe actif déclaré des herbicides les plus utilisés dans le monde.