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Cancérogénicité du glyphosate : l’EFSA et l’ECHA ont sous-estimé le danger

Par une lettre adressée à Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, le statisticien Christopher Portier veut prévenir l’UE que les études sur lesquelles se sont basées les instances européennes pour affirmer l’absence de danger du glyphosate sous-estiment la réalité.


Il n’a rien du néophyte qui essaie de se faire un nom en faisant du bruit pour faire parler de lui. Le biostatisticien et toxicologue américain Christopher Portier roule sa bosse dans le domaine depuis bien des années, au point d’avoir dirigé plusieurs agences publiques américaines de sécurité environnementale et sanitaire, comme l’indique sa  courte biographie.

 

Alors, lorsqu’il adresse un courrier de 8 pages à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, c’est qu’il a un véritable message à faire passer. Le fond du problème : la mauvaise qualité de l’évaluation par les instances allemandes et européennes de la cancérogénicité du glyphosate, principe actif supposé des pesticides les plus utilisés dans le monde.

 

Pour se montrer aussi affirmatif, le scientifique américain s’est procuré la douzaine d’études portant sur le lien entre glyphosate et cancers qui ont servi de références aux agences européennes de sécurité sanitaire des aliments (EFSA) et des produits chimiques (ECHA) pour disculper la molécule, et il a refait lui-même l’analyse des données. Et, de manière étonnante, il n’aboutit pas aux mêmes résultats : il a retrouvé 8 sites tumoraux statistiquement significatifs qui n’avaient pourtant jamais été relevés par les instances européennes. « Ces tumeurs que j’ai relevées peuvent être interprétées comme l’échec des agences impliquées dans ces évaluations à analyser convenablement les données disponibles avant de conclure qu’il n’y a pas de preuve que le glyphosate est cancérigène pour l’Homme », écrit-il dans ce courrier.

 

La Commission réagit


Au-delà des résultats, c’est également la méthode qu’il pointe du doigt. D’une part parce que les agences sanitaires auraient recouru à des tests non pertinents, qui expliqueraient la différence dans les résultats, mais également parce que toute l’évaluation manque de transparence. Sans même parler du fait que les études servant de référence ont été fournies par les industriels vendeurs d’herbicides à base de glyphosate, les données demeurent inaccessibles (les sections ‘matériel et méthodes’, ‘analyse et discussion’ sont tenues confidentielles), empêchant ainsi toute contre-expertise par les laboratoires indépendants, cause que le Criigen défend depuis toujours.

 

Ainsi, alors que la procédure de prolongation de 10 ans du glyphosate à l’échelle européenne est relancée, l’auteur de ce courrier veut faire bouger les lignes et invite le Président de la Commission européenne à une réévaluation complète de la question avant de valider la remise en circulation.


En réponse, la Commission a donc demandé à ses deux agences d’évaluer les allégations du biostatisticien. « Les aspects soulevés par le Professeur Portier seront désormais considérés dans le détail, a commenté le porte-parole de l’ECHA. Si de nouvelles preuves scientifiques sont disponibles, les États membres et la Commission peut demander à l’EFSA de réévaluer la classification du glyphosate n’importe quand. » Son homologue de l’autre instance européenne s’est également exprimé sur la question : « L’EFSA regardera avec attention ces résultats et donnera sa réponse en temps voulu. »