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Glyphosate : l’Europe piégée par l’industrie

Devenue dépendante du soja transgénique pour nourrir ses animaux d’élevage, l’Union européenne peut-elle décemment interdire la commercialisation du glyphosate ?


C’est un peu l’histoire du serpent qui se mord la queue. Jugé cancérigène probable en mars 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, le glyphosate a commencé à susciter le débat au sein de l’Union européenne. Alors que la licence de commercialisation de la substance supposée active des pesticides les plus utilisés au monde arrivait à échéance à l’été 2016, l’Europe a alors prolongé de 18 mois sa mise sur le marché, le temps, officiellement, de statuer sur les risques pour la santé de ses citoyens.

 

L’agence européenne a alors livré son verdict en mars dernier, en affirmant que le glyphosate n’avait aucun caractère cancérigène. L’UE vient donc logiquement de relancer la procédure pour revendre la molécule sur son territoire lors des 10 prochaines années. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

L’Europe victime de chantage


Sauf que la version officieuse raconterait un tout autre scénario que la version officielle, d’après testbiotech.org. Depuis avril 2015, alors même que le renouvellement de la licence du glyphosate était au cœur des débats, la Commission européenne a approuvé pour 10 ans l’importation de 14 plantes génétiquement modifiées (du soja, du maïs, du coton et du colza), toutes tolérantes à la molécule herbicide. Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas attendu pour dire oui à ces OGM ?

 

Tout simplement parce que ses troupeaux sont devenus dépendants des plantes transgéniques. En 2016, l’industrie agrochimique a menacé l’UE que si elle refusait d’importer ces plantes transgéniques, les approvisionnements en aliments pour animaux s’effondreraient. Tout ça parce que les accords de Blair House ont rendu le Vieux continent dépendant du soja américain, brésilien et argentin, qui s’avère être du soja transgénique traité à haute dose de Roundup.

 

Le glyphosate semble donc avoir de beaux jours devant lui, tant que l’UE n’est pas disposée à encourager les alternatives aux OGM. Pourtant, celles-ci existent bel et bien : on peut par exemple songer aux légumineuses fourragères, qui en plus favorisent la fixation de l’azote et la régénération des sols. Autre avantage, évidemment : elles ne nécessitent pas des épandages massifs de pesticides, comme c’est le cas avec le soja OGM, qui ne peuvent être nullement inoffensifs pour la santé et l’environnement. Mais cela demande le courage politique de remettre en question les accords de Blair House et la mise en place d’un véritable « plan protéine » à l’échelle de l’Europe.