Support Séralini Team for GMO Risk Research - CRIIGEN
Soutenir le CRIIGEN

Glyphosate : la procédure d'autorisation en Europe est relancée

L’Union européenne s’est laissée 18 mois pour débattre de la remise sur le marché des herbicides à base de glyphosate. Alors que les États membres n’ont pas trouvé d’accord, et après les résultats de l’ECHA écartant tout risque de cancérogénicité, l’Europe relance la procédure d’autorisation.


Depuis de nombreuses années, le glyphosate, principe actif déclaré des pesticides les plus utilisés au monde, fait débat. Certaines études, menées par les firmes agrochimiques ou par des instances sanitaires comptant dans leurs rangs des proches des entreprises concernées, concluent à l’innocuité totale de la molécule. D’autres, comme le Centre international de recherche du cancer, dépendant de l’OMS, classent la substance comme cancérigène probable.

 

Alors, quand à l’été 2016, la période de mise sur le marché des pesticides à base de glyphosate arrivait à échéance, les pays membres de l’Union européenne n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour voter ni une prolongation de la vente, ni son interdiction. Face à ces voix discordantes, l’Europe a donc décidé de prolonger son autorisation pour une période de 18 mois, durant laquelle une évaluation de l’agence européenne des produits chimiques (ECHA) serait missionnée pour émettre ses conclusions quant aux effets du glyphosate sur la santé humaine.

 

Du glyphosate dans les 10 prochaines années ?


Le verdict est tombé en mars dernier, et, sans surprise, l’instance n’y voit aucun caractère cancérigène pour l’être humain. Rien d’étonnant en effet puisque les données sur lesquelles repose cette conclusion ont été fournies par les groupes agrochimiques eux-mêmes. L’indépendance de cette « expertise » laisse donc pour le moins à désirer. Et, hasard du calendrier, les fameux « Monsanto Papers », révélaient, par l’intermédiaire de mails internes à l’entreprise Monsanto, que la firme s’inquiétait depuis 1999 des effets sur la santé du glyphosate et recourait à des prête-noms pour faire croire à l’indépendance de ses travaux…

 

Néanmoins, forte de ces nouvelles données qu’elle avait réclamées, l’Union européenne juge donc qu’il est temps de relancer la procédure pour prolonger de 10 ans l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate. Cette décision sera prise par un comité technique comptant des représentants des États membres. Lors du dernier vote, fin 2016, deux pays (la France et Malte) avaient voté contre le renouvellement de la licence du glyphosate, tandis que 7 s’étaient abstenus, bloquant ainsi la décision.  Cette fois, les conclusions de l’ECHA pourraient changer l’issue du vote.

 

Des recherches de valeur différente ?


Toutefois, la probable remise sur le marché du glyphosate ne sera pas imposée à tous les pays : chacun aura la liberté de légiférer comme bon lui semble. Et la Belgique l’a d’ailleurs déjà fait partiellement, en interdisant dès l’été prochain à tous les particuliers le recours à la substance de la discorde. Mais si l’accord de libre échange transatlantique (TAFTA) devait être ratifié, ce sont alors ces pays qui devraient rendre des comptes directement aux firmes agrochimiques concernées (et notamment Monsanto), et éventuellement les indemniser pour le « manque à gagner ».

 

Le plus inquiétant est que l’Europe ne remet nullement en question la transparence et l’indépendance de ses agences d’évaluation, et n’exige pas la prise en compte exclusive des études scientifiques indépendantes des firmes pétitionnaires. Pourtant, de nombreuses études universitaires — et notamment certaines menées par des membres du Criigen — remettent en question l’innocuité sanitaire et environnementale du glyphosate et des formulations commerciales qui le contiennent, soulevant ainsi la carence d’encadrement de ces substances. Mais Ces recherches ont sans doute moins de valeur que celles de Monsanto and co...

 

De la même façon, l’initiative citoyenne qui a réuni 1,4 million de signatures d’habitants du Vieux continent dans une pétition appelant à interdire le glyphosate, n’a sans doute aucune valeur aux yeux des instances européennes...